vendredi 13 décembre 2024

59ème réunion du 12 décembre 2024 - "Jour de ressac" de Maylis de Kerangal

 Présentation : Jean-Bernard.

Nous étions 15 autour de la table dressée dans l'espace librairie située au RDC du restaurant L'Inaperçu. Tous les membres actuels du "Square" étaient présents, à l'exception de Chantal Martin qui avait dû renoncer au dernier moment pour cause de méforme (passagère).

Quelques rappels de l'histoire elle-même du roman :

La narratrice, qui habite Paris, est mariée, a une fille escrimeuse et exerce la profession de doublage vocal pour le cinéma, reçoit un appel de la police du Havre pour une affaire vous concernant : le cadavre d'un homme a été trouvé sur la plage du Havre avec, sur lui, un ticket d'une séance récente du cinéma havrais Le Channel sur lequel figure son numéro de téléphone. Le roman commence donc comme un polar.

Elle se rend dès le lendemain de l'appel au Havre, une ville où elle a habité durant toute sa jeunesse. Après avoir été interrogée au commissariat par l'OPJ (Officier de Police Judiciaire) Zambra et indiquée qu'elle n'avait pas remis les pieds au Havre depuis 20 ans (elle se reprendra plus tard car elle est venue il y a 10 ans pour le baptême de l'Hirondelle de la Manche, une pilotine dont elle est la marraine - son père, décédé, ayant été pilote du port du Havre), la narratrice entreprend de se rendre aux pieds de la digue où le cadavre a été retrouvé. Elle va parcourir ensuite la ville et certains des lieux de celle-ci - la digue, le cinéma, l'école d'hydrographie du Ponant, etc. - et ce sera autant de souvenirs qui lui reviendront en mémoire, en particulier celui de cet amour de jeunesse avec Craven, lequel est parti pour faire un stage de 4 mois à Montréal mais n'a plus jamais donné de nouvelles - serait-ce lui l'homme retrouvé sur la plage ? -, également ce travail scolaire qu'elle avait effectué auprès d'une rescapée du terrible bombardement du Havre par les alliés les 5 et 6 septembre 44, bombardement qu'elle décrit remarquablement bien (de l'avis unanime des participants).

Le fil conducteur du roman est bien cette énigme policière, cependant, vient se greffer au fil des pages toute une série de récits relevant des souvenirs de la narratrice mais aussi de sujets divers que l'on pourrait qualifier de "digressions", comme l'histoire de ces deux réfugiées ukrainiennes dont le seul désir est de rejoindre l'Angleterre, les compétitions d'escrime de sa fille Maïa, des considérations sur l'IA, le baptême de l'Hirondelle, etc., qui en font un roman assez touffu, ponctué de descriptions très détaillées, tout ceci conduisant à des avis très partagés.

Le titre "Jour de ressac" fait probablement référence à la remontée brusque de tous les souvenirs de l'autrice, en une journée, précipitée par cet évènement inattendu qu'est la découverte du corps sur la grève comme le choc impromptu de deux vagues qui crée un ressac ; ce ressac qui la surprend sur la digue, par une vague forte qui la renverse et la trempe totalement.

Le style :

Jean-Bernard a lui, été particulièrement sensible au "procédé narratif" de l'auteure et ses "digressions", le maillage entre les lieux et ses souvenirs, le jeu qu'il a perçu entre le romanesque et la réalité, l'utilisation d'une langue "actuelle" (des expressions jugées familières pour certains et qui sonnent curieusement), etc. Il souligne également le fait que seule la narratrice n'est pas désignée par un nom ou un prénom et qu'elle utilise le pronom personnel "je".

Le style du roman - phrases longues, constituées d'une multitude de fragments descriptifs (très ? trop ?) dans lesquels certaines comparaisons ou métaphores sont plutôt intéressantes et d'autres moins - est vraiment la "marque de fabrique" de Maylis de Kerangal que l'on retrouve dans la plupart de ses romans, au nombre de 21 (1er roman en 2000 et presque un roman/an). Les avis sont partagés : certains parlant d'une "déambulation" prenante dans laquelle il y a un certain plaisir à se laisser porter, entrainer, d'autres trouvant que ces descriptions relèvent d'un mixte entre Wikipédia et le Guide du Routard et nuisent à l'intérêt du livre.

Conclusion :

En conclusion, "Jour de ressac" a fait l'objet d'un vrai débat, riche en avis contraires. Il a suscité l'envie, pour plusieurs d'entre nous et même parmi celles ou ceux qui ont moyennement apprécié le livre, d'aller faire un tour au Havre. A cet égard, la ville n'est-elle pas le personnage principal du roman ? Concernant "l'énigme policière", il y a aussi 2 clans : ceux qui pensent que le noyé est Craven et les autres non. Craven aurait une cinquantaine d'années, ce qui pourrait être l'âge de l'inconnu aux tempes grisonnantes ; le N° de téléphone sur le ticket qui est celui de la narratrice : on ne peut pas imaginer qu'il s'agisse de celui d'il y a 33 ans (il est peu probable que dans les années 90 une jeune fille de 16 ans ait pu détenir un portable), mais une ancienne connaissance commune aurait pu le donner à Craven qui revenait au Havre (dans le cadre du trafic de drogue ?).

 Bref, il y a malgré tout une certaine unanimité à reconnaitre que le mystère que l'auteure laisse planer à la fin du récit sur l'identité de l'inconnu de la digue est plutôt bien vu. 

Les coups de cœur !

Michel B.


Michel E.










François


Monique


Marie-Odile




Brigitte


Jean-Bernard



Alain

Chantal Martin



Jean-Paul

Bernard














Catherine


Michel O


Chantal Masson














Lorraine



Claude
Un polar que j'ai trouvé captivant dont l'histoire se passe au "royaume des 2 mers" (lisez le Qatar) et un peu en Arabie Saoudite, écrit par un homme qui connait parfaitement bien le Moyen-Orient, dans un style superbe ponctué d'un humour à la fois féroce et hilarant.
Pas évident que ce Monsieur puisse bénéficier de visas dans le futur pour ces destinations....








Vous ignorez ce qu'est la "cliodynamique" ? J'ai découvert cette méthode qui utilise l'analyse de données colossales extraites de divers champs d'études (historiques, sociologiques, philosophiques, mathématiques, etc.) pour établir des modèles permettant de mieux appréhender le "prédictif". Il s'agit d'établir, dans le cadre de cet essai, quels sont les facteurs majeurs qui, quand ils s'avèrent être réunis, provoquent la chute ou l'effondrement d'une civilisation ; l'appauvrissement des classes populaires, l'augmentation de l'écart de richesse entre les pauvres et les riches et le surpeuplement de riches réunissent aujourd'hui tous les critères et c'est ce que Peter Turchin démontre, dans un essai qui a été qualifié par The Times de "Meilleur essai de l'année". Une lecture qui m'est apparue comme essentielle.



Autre ouvrage essentiel, ce pavé de plus de 1000 pages (hélas, car c'est peut-être rédhibitoire pour certains)) dont le jeune auteur refuse le qualificatif de dystopique, qui trace la courbe du dérèglement climatique et de ses conséquences sociales sur une période relativement réduite d'une vingtaine d'années (2020 à 2040), à travers l'histoire de plusieurs personnages aux trajectoires différentes - une business-woman, un camé, un chercheur qui découvre que les océans sont une bombe climatique, des activistes qui, pour certains se radicalisent (le personnage de Luigi Mangione semble sorti tout droit du bouquin) et d'autres tentent de tempérer, etc. - que l'on suit évoluer sur cette période en même temps que la nature se déchaine comme on peut l'observer dès aujourd'hui (méga feux du Canada et de la Californie, inondations dans la région de Valence, température de + de 40°C sur le pourtour méditerranéen, etc.).

Pour les amateurs d'histoire de la seconde guerre mondiale et de ses personnages aux destins terrifiants.
Albert Speer ne parvient à sauver sa tête au procès de Nuremberg que parce qu'il est élégant, digne et que son discours est intelligent.
Celui qui fut vraisemblablement l'un des plus proches collaborateurs d'Hitler est parvenu à faire croire aux juges qu'il ignorait la Shoah alors qu'il en était l'un des plus zélés complices (Himmler lui-même fit l'éloge du travail de Speer).
Nourri par la biographie mensongère de Speer qui fut un best-seller quand l'architecte du Reich fut libéré de Spandau, ce livre se lit comme un roman.