dimanche 22 septembre 2024

58ème réunion du 19 septembre 2024




Compte-rendu établi par Bernard

INTRODUCTION

Sept remarques dans le désordre :

1-Après le docteur Jivago, le contraste ne pouvait pas être plus saisissant

-Ici aucune ode à la nature, aucun émerveillement devant la beauté de la nature éthiopienne (l’auteur dit pourtant que c’est « le pays où Dieu veut vivre » (p.44)) ;

-En revanche, l’analyse des relations entre les personnages est fine et poussée

-L’ingratitude de Federico, l’un des frères d’Ilaria, pour son père qu’il escroque (p. 65);

-La rivalité/haine tenace entre les deux frères (p. 66) ;

-Les oppositions entre personnages (Attilio l’opportuniste s’oppose au destin de son ami Carbone qui est toujours resté fidèle à son amour éthiopien) ;

-L’accent mis sur les parfums et les odeurs (L’auteur montre bien comment Rome tourne le dos à la mer) ; 

2-L’objet du livre est

-de faire le lien entre la colonisation (pas seulement italienne) et les migrations d’aujourd’hui (les violences et tortures que subissent les migrants d’aujourd’hui ont leur racine dans l’époque coloniale) ;

-dénoncer le racisme et le refoulement par l’Italie de son passé colonial et, à mon avis, de montrer combien ce racisme a changé de nature et ne s’exprime plus de la même façon

-La période coloniale

-Les atrocités du régime colonial (usage de gaz interdits par la convention de Genève, exécutions sommaires, viols des femmes) dans un contexte où l’on affirme la supériorité de la race blanche. On parle de « sang juste » (ce qui est le titre original du livre) au sens où des sangs seraient meilleurs que d’autres ;

-Les horreurs de la guerre (voir les méthodes des autorités italiennes pour convaincre les jeunes de s’enrôler (p. 535) ;

-Il existait un dictionnaire de l’Italien vers l’amharique mais pas de dictionnaire équivalent vers l’italien. « Pour le ministère, il était nécessaire que les Italiens s’expriment en Ethiopie mais pas qu’ils comprennent, résumant ainsi le droit à la parole des colonisateurs et le devoir des colonisés d’écouter et d’obéir » (p. 402) :

-Aujourd’hui,

-Plus personne ne défend la supériorité d’une race sur les autres et le concept même de race est combattu mais les atrocités subsistent (l’enfant de 6 ans seul dans une embarcation  passeurs (p. 45), les rackets, l’indifférence) ; les tortures sont héritées de l’époque coloniale ;

-Le racisme conduit à s’interroger non pas sur ses victimes mais sur ceux qui le prônent (la question n’est pas qui es-tu ? mais qui suis-je ?) ;

3- Le livre montre comment naît le sentiment d’appartenance et de proximité

-Au départ le jeune Ethiopien est l’étranger absolu (Ilaria lui donne 5 euros pour s’en débarrasser), puis il devient un membre de la famille à part entière ;

4-La construction du livre est très originale puisqu’on remonte l’histoire à rebours du présent vers le passé ; Melandri navigue avec facilité d’une époque à l’autre ;

5-Le livre raconte l’histoire du vieil Attilio qui est le personnage central, le véritable protagoniste du livre. Ilaria est la narratrice à la recherche du passé de son père. Ilaria est à la recherche de l ’identité de son père et, à travers lui, de sa propre identité. A travers le personnage d’Ilaria, on peut probablement voir l’auteure elle-même qui a fait des recherches sur le passé fasciste de son père ;

6-C’est aussi un livre sur l’art de survivre (Attilio est passé à travers tous les orages, toutes les gouttes, il n’a pas été blessé : c’est le sens du titre : « tous, sauf moi »[1]) ; C’est aussi un livre sur le mensonge et l’absence de remords. Attilio a survécu grâce au mensonge et à l’absence de scrupule (Attilio s’est fait le chantre militant de la suprématie blanche : ils peuvent tous mourir sauf moi) ; voir les tricheries au poker avec des rayures au dos des cartes ;

Le livre a sur ce point une dimension universelle. Par exemple, il renvoie en France au mythe de la population résistante alors que l’immense majorité de la population ne l’était pas ;

7-L’histoire d’Attilio est un prétexte à des digressions qui n’ont rien à voir avec le sujet ou même le contexte :

-les difficultés pour récupérer une voiture mise en fourrière à Rome, comparée au cortège de Kadhafi dans Rome à l’époque de Berlusconi (p. 139) ;

-l’explosion des mots grossiers chez les enfants (p. 72) ;

-quand elle raconte le destin des réfugiés, l’auteure décrit les audiences, les papiers , non le vécu, le ressenti subjectif ;

RESUME

-Nous sommes à Rome en 2010.

-Ilaria, enseignante la quarantaine, trouve sur le palier de son appartement situé dans le quartier de l’Esquelino, un jeune migrant éthiopien qui dit se nommer Shimeta Ietmgeta Attilaprofeti, et affirme être le petit fils du père d’Ilaria (Attilio Profeti, un vieil italien de 95 ans), donc le neveu d’Ilaria;

-Le jeune Ethiopien convainc à l’aide de papiers qu’il est bien de la famille et raconte son voyage de plusieurs années vers l’Europe fait de privations et de spoliations, la clandestinité et le refus de l’Etat italien de lui accorder le statut de réfugié ;

-Ilaria va enquêter sur ce père mourant dont la vie a, en apparence, été une réussite éclatante. Elle découvre

-un parcours sombre lié à l’histoire italienne ;

-la pacification de l’Abyssinie ;

-les complaisances de Rome avec la dictature de Mengistu ;

-le libéralisme berlusconien ;

-Attilio est un patriarche polygame qui a fondé une famille de 4 enfants issus de deux foyers ;

-Attilio a fait dans sa jeunesse les guerres de colonisation de Mussolini dans la Corne de l’Afrique qui ont conduit à la création de l’Afrique orientale italienne ;

-Quatre années de campagne avec les Chemises noires en Ethiopie où il a participé aux missions ethnographiques de Lidio Cipriani et adhéré au Manifeste fasciste de la race. Il a aussi été actif dans la répression contre la résistance amhara ;

-Il travaille ensuite au Ministère des colonies à Rome et ne participe à la deuxième guerre mondiale contrairement à son frère Otello qui combat sur le front libyen ;

-Après la guerre il fait croire qu’il a été du côté des partisans ;

-Pendant les années cinquante, il travaille pour un homme d’affaires douteux, Edoardo Casati dans les affaires immobilières ;

-En 1980, il apprend que son fils Ietmgeta a été arrêté par la police du DERG. Il retourne en Italie sous couvert d’une mission de coopération  économique italienne pour le faire sortir de prison. Il joue la liberté de son fils dans un partie de poker victorieuse contre un haut dignitaire du régime.

-Shimata, lui, a fui l’Ethiopie depuis 3 ans pour des raisons politiques ;

-Il a suivi la route des migrants vers la Libye, il a été enfermé dans les camps de Kadhafi ;

-Il a navigué sur un bateau de fortune vers Lampedusa avec pour objectif de retrouver sa famille italienne qui ignore tout de lui et de son père ;

-Lorsqu’il arrive devant les enfants d’Attilio, ceux-ci sont d’abord dubitatifs. Puis ils constatent rapidement la réalité des dires du jeune éthiopien en découvrant les lettres et les photos que son père a envoyé à Attilio. Le viel Attilio avait caché pendant des années son dernier fils homonyme. il avait également renié son premier fils  qu’il avait eu avec le jeune éthiopienne Abeba et avait tenu son existence cachée. Seul son ami Carbone, un ensablé à Addis Abeba gardait un œil sur lui.

-Simeta le jeune réfugié est arrêté lors d’une descente de police dans l’immeuble d’Ilaria menée contre les immigrés du Bangla Desh en situation irrégulière qui occupent un étage de l’immeuble

-Ilaria fait jouer ses relations avec Piero Casati qui est député proche de Silvio Berlusconi pour faire sortir son neveu de centre de rétention -le fils d’Edoardo l’ami de son père) et son amant de longue date. C’est un succès.

...

L’AUTEURE

-née en 1964 ;

-scénariste de films et de séries télévisées italiennes ;

-Auteur de « la trilogie des pères » ;

-Son premier livre, Eva dort (2010), est sur le sud Tyrol et sur l’histoire d’une autonomie gagnée de manière pacifique grâce à l’intelligence de Salvatore .

-Son second livre (Plus haut que la mer) est sur le terrorisme d’extrême gauche ;

Les livres n’ont pas de personnages communs. La trilogie vise à présenter trois moments refoulés de l’histoire de l’Italie ;

CONCLUSION

-Traversée du siècle prenante moyennant un travail de recherche historique solide ;

-Sur l’Ethiopie préférer le grand livre de R. Kapuscinski le Négus (voir le fait que le Négus ne lisait jamais rien) ;

-Complaisance dans la description des horreurs de la guerre ou de l’immigration clandestine. Faut-il choquer pour faire pre

[1]              Attilio s’est fait à l’âge de 9 ans la promesse que ce sera « tous sauf moi » (p.55) ;



Quelques points de vue complémentaires :

Le groupe se partage, sensiblement à nombre égal, entre ceux qui ont beaucoup aimé le roman et ceux qui l'ont moyennement apprécié.

L'écriture (style et processus) elle-même fait débat : confus, des longueurs, non linéarité du texte et sans "souffle littéraire" pour certains, au contraire, riche et intéressante pour d'autres. 

L'unanimité se fait sur la qualité de documentation historique de la romancière. Toutefois, "Tous, sauf moi", reste un roman, à ne pas confondre avec des textes plus proches du documentaire historique.

Melandri, tout comme dans 'Eva dort" son premier roman, use des allers et retours entre le passé et le présent ; on peut y voir de l'excès ou bien un rythme dans la narration.

Le terme de "complaisance" est évoqué au sujet des passages où l'autrice décrit les scènes de tortures ou de massacres ; mais on peut objecter qu'il s'agit du désir de ne rien cacher des réalités abjectes de cette guerre de colonisation (comme toutes les guerres, et ne serait-ce pas le propre de la guerre que d'engendrer de telles exactions ?).

Coups de cœur 💔💔💔

Jean-Paul : 




François :



Lorraine :




Catherine :


Michel Bac :



Marie-Odile :



Brigitte :



Michel Espagnon :


Bernard :




Jean-Bernard :


Monique :


Claude :


La Capitana est le roman de la vie de Mika Etchebéhère, auteure de "Ma guerre d'Espagen à moi"

Chantal Martin :











































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