vendredi 14 mars 2025

60ème réunion du Square du 13 mars 2025 - Les Cavaliers de Joseph Kessel

 

Présentation : Catherine

Catherine a tout d’abord mît l’accent sur la personnalité de Kessel, son goût de l’aventure et même des situations extrêmes, lesquelles l’ont conduit à vivre, en temps que journaliste, les événements parmi ceux qui ont marqué le plus l’histoire de son temps : le conflit Anglo-irlandais, la guerre d’Espagne, la seconde guerre mondiale, le procès de Nuremberg, etc. 
Kessel disposait d’un talent hors du commun, son hypermnésie doublée de qualités de conteur exceptionnelles. 
C’était un personnage entier, fasciné par l’état brut des choses, les relations dénuées de tout artifice et, probablement, par la violence, celle-là même qu’il ne parvient pas à contenir quand il a bu. 
Kessel possède une âme slave comme l’imaginaire populaire peut se la représenter.
Il semble ainsi assez évident qu’un pays comme l’Afghanistan des années 60, un pays rude aux mœurs quasi féodales tel que l’on peut le juger avec notre référentiel d’occidental de 2025, ait séduit Kessel. Son tour de force est que, n’ayant passé que 3 semaines sur place pour le tournage d’un film, il soit parvenu à écrire ce livre de près de 600 pages qui fourmille de détails sur l’Afghanistan, sa géographie, sa culture. Ce court séjour a nourri les10 années qui furent nécessaires pour écrire Les cavaliers.
Pour ceux qui seraient intéressés par la biographie de Kessel, je ne saurais que conseiller de consulter sa page Wikipedia.
Catherine est parvenu ensuite à nous résumer l’histoire du livre en seulement quelques minutes (passionnantes) ; un récit qui place le bouzkachi, ce jeu d'origine mongol, jeu traditionnel de l’Afghanistan, au centre d’une épopée aux allures picaresques portée par la rivalité entre un père (Toursene) et son fils (Ouroz) - tous deux tchopendoz (cavalier du bouzkachi) et tous deux contaminés par un orgueil puissant voire maladif. 
Le 3eme personnage du roman est un cheval, Jehol, le « Cheval fou », un étalon exceptionnel sur lequel veille le redouté Toursene, le Chef des Ecuries et le Maître des Chevaux, cheval qu'il a promis à son fils, l'impétueux et orgueilleux Ouroz, si celui-ci gagnait le grand bouzkachi de Kaboul.
Dès le début de la discussion, il était évident que deux perceptions du roman allaient s'affronter... très amicalement. Les uns, tout en reconnaissant une certaine puissance littéraire au livre, ont été déconcertés, voire rebutés par la complaisance dont Kessel semble abuser pour décrire certaines situations de violence ; la scène du viol de la jeune Zéré en particulier au terme duquel elle lui avoue : "Plus tu prendras de plaisir à le faire, plus le mien sera grand." Ils ont également perçu, dans les descriptions de cette société aux meurs féodales, brutales, patriarcales à l'excès, une sorte de témoignage méprisant.
La lecture des seconds a paru diamétralement opposé. Pour eux, le roman est assimilable à un reportage quasi ethnologique et les scènes d'une extrême violence comme celles du combat des chameaux, du bouzkachi, ou les mauvais traitements à l'encontre des serviteurs (les batchas) ou des chevaux, traduisent dans un style flamboyant la réalité de ce que Kessel a pu observer lors de son séjour. 
Une "réserve" a été émise quant au fait qu'Ouroz ait pu supporter la douleur d'un tibia affecté d'une fracture ouverte durant un si long trajet ponctué de séquences pour le moins chaotiques. Un commentaire a jugé la relation père-fils pas très claire.
Pour la question de la douleur d'Ouroz, Michel O. qui a effectué un ou des séjours en Afghanistan en tant que médecin, a témoigné du rapport différent à la douleur (par rapport à nous) qu'il a pu observer.
Concernant la description des rapports entre Toursene et Ouroz, Claude ne partage pas cet avis ; les deux hommes sont tiraillés entre amour et haine ; des sentiments attisés par la jalousie et l'orgueil dont ils font preuve. Il y a surtout beaucoup d'ambivalence et de contradictions dans leurs rapports. 
Les scènes qui s'inscrivent dans le registre de la violence ne doivent pas occulter la philosophie "humaniste" de "L'aïeul de tout le monde", le personnage du scribe acceptant d'expier une lourde faute ou, à la toute fin du roman, le "réveil" de Toursène. Et cette phrase sublime : "... cette haute steppe (...) était pour lui, (...), une grande feuille de sagesse à la surface de laquelle les plus faibles replis du sol traçaient les signes d'un alphabet éternel."
Un avis de Chantal Masson qui n'a pas pu participer à cet échange :
"J'ai aimé, même si j'ai eu du mal à démarrer. C'est superbement écrit et cette épopée virile est haletante. Mais pauvres afghanes ! J'ai beaucoup pensé à elles dans ce livre car, entre la gitane cupide, l'épouse obèse, l'infirmière occidentale et les autres ombres en tchador, elles n'ont pas le beau rôle dans ce livre ; et plus généralement, encore aujourd'hui dans ce pays, elles valent moins que des chevaux !"
Je tiens à remercier Bernard qui nous a alertés sur le remarquable spectacle de Franck Desmedt au Théâtre Rive Gauche, qui retrace la vie de Kessel de l'Argentine au discours d'André Chamson qui l'a reçu à l'Académie française, et ses rapports avec Pierre Lazareff ; ce fut une parfaite introduction au Square du lendemain.
Je partage ici le petit texte de Bernard qui conclut son mail au sujet de ce spectacle : La pièce évoque l'amitié de Kessel pour Henry de Monfreid et sa fascination pour les "grands espaces" d'Afrique, d'Asie et d'ailleurs, bien plus que pour les idées. On comprend mieux son regard sans jugement sur le monde impitoyable des Cavaliers afghans "sont riches puisqu'ils n'ont besoin de rien".

Les coups de cœur

Marie-Odile : 
Roman épistolaire très intéressant et très drôle.  Une enquête policière placée dans l'époque post-Renaissance.












Michel E : 
Les Guidon de Repeynac, nobles désargentés, famille de sept enfants, ont été expulsés de leur appartement de Neuilly et relogés dans une HLM de banlieue.
Depuis, Grangemarre, épouse tyrannique et mère désemparée, leur fait vivre à tous un épouvantable calvaire.
Criblé de dettes, son mari Toto se lance dans de multiples pérégrinations pour sortir de ce cauchemar, aidé par ses fils aînés qui se font les complices attendris de ses petites combines.
Devenu adulte, l'un des fils Repeynac nous livre, avec toute la naïveté de ses souvenirs d'enfant, une critique à la fois drôle et nostalgique de la société bourgeoise des années 1960.





Montpellier, 1894 : deux jeunes filles russes s’inscrivent à la faculté de médecine. Exactes contemporaines de Marie Curie, elles connaîtront elles aussi un destin exceptionnel.
L’auteur rend hommage à ces deux pionnières, à qui aucun livre n’avait encore été consacré : Raïssa Lesk, la mère de Joseph Kessel, qui suit son mari dans la première colonie juive d'Argentine. Et Glafira Ziegelmann, première femme admissible à l’agrégation de médecine, interdite d'oral, car c’était une femme. Leur point commun ? Elles venaient d’Orenbourg.
Deux parcours, contrastés et révélateurs de la condition féminine au tournant du 19e siècle, racontés avec sensibilité et érudition.





Lorraine : 
- Alors qu'est-ce que vous faites dans la région, dites-moi un peu, s'inquiète le commandant Parker.
- Disons que c'est pour un film que je suis en train de tourner, indique Robert. Comme vous voyez.
- On ne m'en avait pas averti, regrette le commandant, mais voilà qui m'intéresse beaucoup. Et quel genre de film, au juste ?
- Toujours pareil, expose Robert, l'amour et l'aventure. Avec l'Afrique et ses mystères, vous voyez le genre.
- Ah oui, soupire le commandant Parker, je vois en effet très bien le genre. Et pour votre histoire d'amour, vous avez pris quelle actrice ?
- Céleste, dit Robert. Céleste Oppen.




Michel O. : 
En 1997, un événement inouï secoue le monde : Deep Blue, un logiciel d'intelligence artificielle, triomphe de Garry Kasparov, champion du monde d'échecs. Pour la première fois, une machine « sans âme » surpasse l'intelligence humaine dans sa forme la plus pure. Depuis, l'IA a connu une progression exponentielle que nul n'avait anticipée. Les LLM (large language models), ces IA génératives, produisent aujourd'hui textes, images et vidéos avec des performances qui dépassent largement celles des humains les plus talentueux. Face à cette révolution, certains évoquent, entre peur et scepticisme, le mythe de Frankenstein, où la créature échappe à son créateur. Et pour cause : la plupart des chercheurs du domaine sont convaincus qu'une AGI (intelligence artificielle générale) ou « super-IA » verra le jour dans la prochaine décennie, capable de nous surpasser dans tous les domaines. Sept questions cruciales pour l'avenir de l'espèce humaine émergent dans ce monde où l'IA sera omniprésente : des performances inattendues, pourquoi ? Des entreprises sans salariés ? Des IA créatives dans les arts et lettres ? Des machines conscientes ? Vers l'immortalité ? Comment réguler ? Comment conjurer la peur en organisant la complémentarité IA-humain ? Passionné de science et fort de dix années de recherche sur le sujet, Luc Ferry a pu échanger avec les meilleurs spécialistes mondiaux. Au-delà de la science pure, ces questions relèvent de l'éthique, de la politique et de la philosophie. Cet ouvrage présente les fruits de cette réflexion sur un enjeu dont aucun politique n'a encore pris la mesure, mais qui s'avère vital pour l'avenir de nos enfants.

Alain F. : 
En Grande-Bretagne, au début des années 1970, la guerre froide est loin d'être finie. Diplômée de Cambridge, belle et intelligente, Serena Frome est la recrue idéale pour le MI5. La légendaire agence de renseignements anglaise est en effet bien décidée à régner sur les esprits en subvenant aux besoins d'écrivains dont l'idéologie s'accorde avec celle du gouvernement. L'opération en question s'intitule Sweet Tooth et Serena, lectrice compulsive, semble être la candidate tout indiquée pour infiltrer l'univers de Tom Haley, un jeune auteur prometteur. Tout d'abord, elle tombe amoureuse de ses nouvelles. Puis c'est de l'homme qu'elle s'éprend, faisant de lui l'autre personnage central de cette histoire.
Mêlant finement réalité et fiction, le romancier souligne l'influence de la littérature sur nos existences, pour le plus grand plaisir du lecteur, qui finira par comprendre que toute cette histoire était avant tout... un grand roman d'amour.



Jean-Bernard : 
Aube est une jeune Algérienne qui doit se souvenir de la guerre d’indépendance, qu’elle n’a pas vécue, et oublier la guerre civile des années 1990, qu’elle a elle-même traversée. Sa tragédie est marquée sur son corps : une cicatrice au cou et des cordes vocales détruites. Muette, elle rêve de retrouver sa voix.
Son histoire, elle ne peut la raconter qu’à la fille qu’elle porte dans son ventre. Mais a-t-elle le droit de garder cette enfant ? Peut-on donner la vie quand on vous l’a presque arrachée ? Dans un pays qui a voté des lois pour punir quiconque évoque la guerre civile, Aube décide de se rendre dans son village natal, où tout a débuté, et où les morts lui répondront peut-être.






7 jours, 1000 kilomètres. Agnès, danseuse, tourne un jour le dos à sa vie. Elle part. Un périple lent, un itinéraire sans logique apparente. Dans quel but ?
Dans son sac, il y a un livre. Il est la raison de ce voyage qui la conduit à l'autre bout de l'Europe. Continuer à vivre exige parfois d'étranges détours.
Dans ce nouveau roman, on retrouve la sensibilité de Gaëlle Josse. Elle signe ici un texte bouleversant et lumineux sur la quête de soi. C'est aussi une déclaration d'amour aux livres, à la littérature, et à toutes les vies de papier qui nous rendent un peu plus vivants.








Juillet 1960. Dans son havre de la Finca Vigía, près de La Havane, Ernest Hemingway éprouve de plus en plus de difficultés à écrire. Fatigué, déprimé, cerné par l'impuissance, il part pour Madrid et ses corridas. Malade, il est contraint de retourner aux Etats-Unis. Il mourra un an plus tard, dans sa maison de l'Idaho, sans avoir jamais revu Cuba.
Dans ce grand roman sur la tyrannie du temps qui passe, le rôle de l'écrivain et la puissance de la littérature, Gérard de Cortanze, nous fait pénétrer l'intimité d'un géant, et celle du couple qu'il forma avec sa dernière femme Mary Welsh. Nous découvrons un Ernest Hemingway inattendu, attachant, détruit par des séances répétées d'électrochocs et poussé au suicide par le FBI.




Alain S. : 
De la présidence d'Obama aux années 2040, cette dystopie réaliste suit le parcours d'une série de personnages dont les destins convergent à la fin des années 2020, lorsqu'une élue républicaine accède au pouvoir et promet des restrictions sur les émissions de carbone. Mais déjà, partout dans le monde, canicules, incendies et inondations sèment le chaos, poussant l'humanité au bord du gouffre.

Alain ajoute : La description des incendies de LA - écrit avant les méga feux de 2024 -, les inondations en Louisiane - écrit avant celles de Valence - sont proprement stupéfiantes de réalisme.





Bernard : 
Mort au Mexique en 1969, l'homme qui se faisait appeler B. Traven prétendait « qu'un écrivain ne devait pas avoir d'autre biographie que ses livres ». Si on en sait un peu plus aujourd'hui sur l'auteur du « Trésor de la Sierra Madre », c'est à le lire qu'on trouvera le mot de l'énigme.
Une énigme telle qu'Albert Einstein quand on lui demandait quel livre il emporterait sur une île déserte répondait « n'importe lequel pourvu qu'il soit de Traven. »
A cet hommage, des millions de lecteurs à travers le monde ont répondu en faisant du plus mystérieux des écrivains l'un des plus populaires.

Claude conseille le lien Wikipédia sur la vie incroyable de cet écrivain aux multiples identités :



Après des jours de marche au cœur de la jungle équatoriale, Gales, baroudeur énigmatique, s'arrête dans un petit hameau indien perché sur des falaises surplombant un fleuve impétueux. Un pont de fortune relie les deux rives, construit à la va-vite par les gringos des compagnies pétrolières, nombreuses dans la région. Le soir même, une fête se tient dans le village et un orchestre est attendu. Tous les indiens des environs sortent de la forêt. Certains viennent à dos d'âne, à cheval ou à pied et tous veulent s'amuser, danser et communier avec cette nature asphyxiante. Mais le drame survient : alors que les musiciens se font attendre et que les villageois se demandent si la fête aura lieu, un petit enfant disparaît. Très vite, les recherches s'organisent sous les yeux de Gales, impuissant. Le gamin reste introuvable pendant que les ténèbres tombent sur la jungle.
Récit envoûtant, description minutieuse d'un drame se déroulant sur une nuit, Le pont dans la jungle brosse un tableau expressionniste des indiens d'Amérique centrale. Déroutant au premier abord, le dépouillement de l'intrigue et du style nous fait partager au plus près l'expérience existentielle du narrateur. Le lecteur s'éloigne progressivement de la civilisation et de ses chimères pour toucher au plus profond et au plus simple de l'existence humaine.

Mardi 11 juillet 1972, ouverture du championnat du monde d’échecs. En arrière-plan la guerre froide qui oppose Union soviétique et États-Unis. Les caméras du monde entier sont braquées sur l’Islande, où auront lieu en mondovision les rencontres entre les deux compétiteurs: le Russe Boris Spassky, champion en titre depuis 1964, et l’Américain Bobby Fischer. Ce dernier est un être qui vit enfermé dans sa bulle, s’exerce seul à ce jeu depuis l’âge de sept ans, boit chaque jour des litres de lait Holland et uniquement de cette marque, refuse toute compétition le samedi car son gourou le lui interdit… La victoire d’un des deux joueurs aurait sans doute un impact politique, et le narrateur ose un parallèle avec une autre guerre qui a vu s’affronter Orient et Occident, la guerre de Troie. Mais, chemin faisant, les souvenirs d’enfance remontent, inexorables et chargés de sens, qui font ressurgir du passé le père disparu du narrateur.



Catherine M. : 

Salomé Saqué dresse le portrait lucide et documenté d’une jeunesse qui n’en peut plus qu’on l’accuse de tous les maux alors même qu’on lui lègue un monde impossible. Un pavé dans la mare du « Les jeunes, c’est plus ce que c’était » et un vent frais de reconnaissance et d’espoir pour une jeunesse qui en bave ! Un état des lieux des difficultés de la jeunesse aujourd’hui, confrontée à une crise écologique et socio-économique sans précédent, à laquelle on a confisqué tous ses rêves d’autonomie.


Claude conseille également, de Salomé Saqué : Résister





Chantal M : 

et Chantal a surtout lu des textes parus dans La Pléiade.

Claude :
Roman retenu pour la prochaine séance en juin.


Corso Bramard est le plus jeune commissaire d’Italie. Un homme aussi insondable que les montagnes piémontaises, et dont les intuitions s’approchent de la clairvoyance. Sa vie se dissout lorsque Automnal, un tueur en série qui entaille le dos de ses victimes avec d’étranges dessins, s’en prend à sa femme et à sa fille.
Vingt ans plus tard, Corso, désormais enseignant, vit dans la campagne turinoise et passe son temps à grimper en montagne, souvent de nuit, dans l’espoir à peine dissimulé de tomber. Pourtant, il reste quelque chose de bien vivant en lui : l’obsession de mettre la main sur son ennemi. Car l’assassin continue à le narguer en lui envoyant par la poste des extraits d’une chanson de Leonard Cohen. Dix-sept lettres en deux décennies.
Mais cette fois, dans la dernière, Automnal commet une petite erreur. Juste de quoi ouvrir la brèche, dans laquelle Bramard va s’engouffrer avec toute la force du désespoir. Dans cette quête épique et absolue, Bramard aura plus que jamais besoin du commissaire Vincenzo Arcadipane, son élève et ami, pour peut-être enfin atteindre sa cible, et trouver la paix.
Il le traque depuis une vie, mais Automnal a toujours eu une longueur d’avance. Jusqu’à aujourd’hui.




















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