mardi 16 décembre 2025

63ème réunion du Square du jeudi 11 décembre 2025 : Les coups de cœurs !

Chantal Martin :

Nous sommes faits d'orage (que Chantal compare à "Avril brisé" de Kadaré)

 

Michel O.





Claude :




Jean-Bernard :

L'œuvre de Joffrine Donnadieu et en particulier :


Vous trouverez, à la suite de la liste de ces coups de cœur, des commentaires de Jean-Bernard concernant les deux œuvres ci-dessus.

Alain :





Lorraine

Les livres de Fabrice Caro (comme l'avait conseillé François)

Michel E.



Le "bonus" de Jean-Bernard au sujet des ses deux coups de cœur
 de Joffrine Donnadieu

 1- Les nuits à venir                          

Ce roman est ancré dans la nouvelle vie d'une jeune femme, nommée Marge, qui a déserté la maison familiale. Elle s'est installée dans un immeuble menacé de démolition. Immeuble vide hors un unique autre occupant, Victor, ancien militaire qui vit en solitaire et refuse d'en partir.                                                                                     Entre l'un et l'autre se tisse progressivement un lien relation qui deviendra fusionnel, dans laquelle les tentations d'une relation sexuelle tiennent une place centrale. Mais sans parvenir à se concrétiser. S'il fallait résumer, la construction d'une passion amoureuse qui, progressivement, effacera tout ce qui n'est pas elle.

Le déroulé de ce récit maille ensemble  la vie réelle de Marge  et celle de cinq autres personnages, des femmes, que celle-ci imagine. Toutes elles font pression sur Marge pour qu'à chacune elle invente une histoire, dans laquelle l'amour doit tenir  une place centrale. Soit autant de récits qui interfèrent avec la vie réelle de Marge, puis de celle de Victor qui finit par les accepter. Et c'est ainsi qu'à l'extrême fin de l'ouvrage ils finissent pas faire l'amour, juste avant que Victor  périsse de son cancer, qu'il avait ténu bien caché.

Qu'il s'agisse du déroulé de l'histoire, de ses divers personnages dans leurs multiples  dimensions, qu'ils soient réels ou imaginés, ainsi que de leurs interférences dans un sens et dans l'autre, et ce sans oublier la qualité de l'écriture et les modes de faire utilisés par la romancière, cet ouvrage est remarquable et donne grande envie de lire les autres  écrits de Joffrine  Donnadieu. 

2-Entre chienne et louve

Un roman pour le moins audacieux et original qui raconte les tranches de vie d'une jeune femme, nommée Ramy, qui veut devenir comédienne de théâtre et qui, pour cela, s'inscrit à la formation des  Cours Florent. Mais celle-ci est loin d'âtre gratuite. Il lui faut donc trouver un hébergement et de quoi payer cette formation.  S'agissant de comment payer celle-ci et de trouver de quoi vivre, elle travaille dans un club de strip-tease, où elle monnaie son corps comme le  ferait  une prostituée.  En ce qui concerne l'hébergement, elle est accueillie par une très vieille femme, Odette, qui souffre de solitude. Et c'est ainsi que peu à peu, avec des hauts et des bas,  une relation se noue entre ces deux personnes.                     

Le récit est ainsi tissé et déroulé entre deux thématiques qui souvent interfèrent. D'une part celle de la danse et du théâtre, qui est comme une drogue pour Ramy, et d'autre part le relationnel entre celle-ci et Odette. Ce à quoi s'ajoutent quelques autres personnages , notamment le dénommé Jean avec lequel Ramy noue une passion aussi forte que fragile.

Qu'il s'agisse de l'originalité de ce récit, notamment en ce qui concerne les multiples dimensions, tant techniques qu'émotionnels, de la formation au Cours Florent, et de l'utilisation d'une langue qui colle à la vie réelle, non sans crudité parfois, ce roman est remarquable et va nourrir mon envie d'acheter tous les autres romans de Joffrine Donnadieu?                                 


63ème Réunion du Square du 11 décembre 2025 : "Les fleuves du ciel" d'Elif Shafak


PREAMBULE

Je tiens à remercier chaleureusement Jean-Paul pour le travail admirable qu'il a effectué pour préparer sa présentation et nous restituer son intérêt pour ce livre ; travail dont vous pourrez juger de la qualité dans les lignes qui suivent.

Chacun pourra percevoir la richesse de "Les fleuves du ciel" qui fait voyager le lecteur dans l'espace et dans le temps. 

Jean-Paul a mis l'accent sur des questions d'ordre ethnologiques (sa matière) et historiques ; elles complètent parfaitement le contexte du livre et qui contenteront tous ceux qui souhaitent aller plus loin dans la connaissance des cultures mésopotamiennes, véritables creusets de notre culture.

J'encourage tout un chacun à découvrir (si ce n'est déjà fait) l'épopée de Gilgamesh, les mythes et la cosmogonie fantastique qu'elle recèle.

Cette 63ème réunion s'est caractérisée par des échanges vifs et parfois emportés qui ne sont pas habituels au Square. Je crois que, tout en échangeant des opinions divergentes (le sel du débat), il convient de tenter d'équilibrer nos critiques en recherchant, dans chacun des livres que nous sélectionnons, la part formidable (il y en a toujours) qui fait, comme me l'a soufflé Marie-Odile, que l'on sort différent après sa lecture.

C'est un exercice que, pour ma part, je reconnais ne pas avoir suffisamment pratiqué ; mais il n'est jamais trop tard !

Je laisse la "parole" à Jean-Paul qui a invité chacun des participants à consulter la recension qu'Alain à écrite dans son fameux et remarquable blog : 

ça va mieux en l'écrivant !... - ... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !  

et avec lequel il est en parfait accord.

Elif Shafak est née le 25 octobre 1971 à Strasbourg (Elif Bilgin de son nom de naissance). 

Elle est la fille du psychologue turc, Nuri Bilgin (1948-2015) et de l’influente auteure et traductrice turque, Pinar Kür (1943-2025), dont aucun des livres ne semble traduit en français. 

Quand ses parents divorcent, elle retourne vivre à Ankara avec sa mère et sa grand-mère, puis passe son adolescence à Madrid, en Jordanie et en Allemagne. 

A 18 ans, elle prend un nom de plume, ajoutant le prénom de sa mère (Shafak = aube, lever du jour) au sien.

Elle se marie en 2005 avec Eyüp Can, ex-rédacteur de la revue Radikal. Ils ont une fille, née en 2006.

Elle obtient un Doctorat en Sciences Politiques de la Middle East Technical University d'Ankara.

Elle a publié une bonne vingtaine de romans depuis 1998. Elle écrit en turc et en anglais. Dès 1998, avec son premier roman, Pinhan, elle reçoit le Prix Rumi, sorte de Goncourt turc. D'une manière générale, son travail d'écriture est très bien reçu par les turcs.

Elle publie en 2004 son premier roman en anglais, The Saint on Incipient Insanities. En 2006, sort le deuxième roman en anglais, Le Bâtard d’Istanbul, qui traite du génocide arménien.  Succès de librairie en Turquie, mais sujet politiquement tabou, Elif Shafak préfère s’exiler en Angleterre.

Elle vit en Angleterre depuis 2013. 

Bibliographie des livres d’E.S. par ordre chronologique de parution originale :

Paru     titre orig.                                                                                    trad.fr.

1997    Kem Gözetlek                                                                     (peu surveillé, peu protégé)

1998    Pinhan                                                                                       (secret, clandestine)

1999    Serhin Aynalari                                                                       (les miroirs du spectacle)

2000    Mahrem                          (GB) The Gaze                             Crime d’Honneur

2002    Bit Palas                          (GB) The Flea Palace               Bonbon Palace

2004    The Saint of Incipient Insanities                                    Ce Pays Qui n’Existe Plus

2005    Med-Cezir                                                                                 (flux et reflux)

2006    The Gaze                                                                                    Crime d’Honneur

2006    The Bastard of Istanbul                                                      La Bâtarde d’Istanbul

2006    Baba ve Piç                    (GB) The Bastard of Istanbul                                                           .

2007    Siya Süt                           (GB) Black Milk                           Lait Noir (autobiog.) 

2009    The Forty Rules of Love                                                      Soufi, mon amour

2009    Ask                                    (GB) The 40 Rules of Love     Soufi, mon Amour                                  

2011    Iskender                                                                                     (Doner kebab)

2012    Honour                                                                                      

2013    Ustam ve Ben                                                                        (L’Architecte du Sultan)

2014    The Architect’s Apprentice                                               L’Architecte du Sultan

2016    Three Daughters of Eve                                                      Trois Filles d’Eve

2019    10 Minutes 38 Seconds in this strange world         10 m 38 s dans ce monde étrange

2020    How to Stay Sane in an Age of Division                      (comment garder son calme à                                                                                                                 l’âge de la division) 

2021    The Island of Missing Trees                                              L’Île aux Arbres Disparus

2023    There Are Rivers in the Sky                                                Les Fleuves du Ciel

Petite histoire de la littérature turque

3 figures contemporaines :

- Yasar Kemal (1923-2015)  années 50s,  Village novel  (réalisme social):  par ex. Mémed le Mince

- Orhan Pamuk (1952-xxxx)  Prix Nobel 2006,

Elif Shafak (1971-xxxx)

Littérature turque = ensemble de textes oraux ou écrits en Turc Ottoman ou en Turc contemporain.

1ers textes oraux, remontent au 7ème s. en Mongolie.

Au 11ème s., les Turcs arrivent en Anatolie

Pdt la période ottomane (1299-1922), les textes empruntent bcp au Perse et à l’Arabe ; la poésie domine ; la prose d’alors est centrée sur tout autre chose que la fiction, récit de voyages, biographies, récits historiques, etc.).  Littérature orale et littérature écrite restent bien séparées. 

Divan = un style d’écriture poétique fortement influencée par le Persan et l’Arabe             

Tanzimat (1839-1876) = effort modernisateur dans  l’empire Ottoman ; émergence de la prose fictionnelle

Guerre de Crimée (1853-1856) : alliance Turquie  - France/Angleterre, d’où une grande influence, en particulier avec l’Art pour l’Art de Théophile Gautier & émergence du nationalisme et réalisme social

Période de transition (1880-1920)

République turque (1923 ...)

Le changement est radical avec Mustafa Kemal qui veut moderniser et donc occidentaliser la Turquie.  La littérature française est à la mode.  Kemal reçoit Loti et Farrère.  A cette modernisation, 1928 donnera un coup d’accélérateur avec la création et la dissémination d'une version modifiés de l'alphabet latin pour remplacer l'écriture arabe dont se servait les Ottomans.

Tampinar (1901-1962), avant tout un poète, il documente dans sa prose les conflits entre Est et Ouest dans la société et la culture moderne turque.

Yasar Kemal (1923-2015), et le réalisme social du « roman de Village »

Adalet Agaoglu (1929-2020), modernisme avec une trilogie qui documente les changements intervenus en Turquie entre les années 30s et les années 80s.

Orhan Pamuk (1952-…) représente post-modernisme et réalisme magique

Elif Shafak fait figure de dernière vague qui doit faire face au régime Erdogan (1954-….)  au pouvoir depuis 2014.

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Le livre même :  Les fleuves du ciel (There Are Rivers in the Sky) 1924

-Exergues divers

I: Goutte de pluie

(cunéiforme:) Au bord du Tigre, dans l’ancien temps

(Assurbanipal à Ninive et « la goutte d’eau reste tapie dans les cheveux du roi…. Même avec le passage des siècles, une trace de cet instant restera ancrée dans sa forme élémentale. »)

H2O

(« cette molécule est incurvée, non linéaire. …  Trois personnages  se joignent à travers les frontières de l’espace et du temps, et ensemble, ils composent cette histoire »)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1840

 (Arthur Smyth, roi des Egouts et des Taudis, né à Chelsea, fils d’Arabella « est doté d’une mémoire extraordinaire – visuelle, verbale et sensorielle »)

H- Naryn : Au bord du tigre, 2014

(Noryn est orpheline de mère et élevée par sa grand-mère Besma ; elles sont Yézidis et chassées sans ménagement de la vallée de Ladesh en raison de la construction d’un barrage. « Hasankeyf sera bientôt inondée à cause du nouveau barrage… Un jour, bientôt, son audition disparaîtra aussi – avec la terre qu’elle connaît depuis toujours comme sa demeure »)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1852

 (Arthur fréquente ‘l’école déguenillée pour les garçons’ et la quitte, suie à une bastonnade injuste au cours de laquelle il aperçoit le livre de Austen Henry Layard, Les Ruines de Ninive, puis assiste à l’entrée au British Museum de lamassus découverts à Ninive. Il rencontre par hasard le Dr. Samuel Birch, conservateur des Antiquités Orientales.  Les lamassus sont en exil perpétuel. « Créatures du fleuve tentant de s’habituer à la terre sèche, perdues dans cette cité écrasante, comme lui-même l’a été toute sa vie »)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

 (Dr. Zaleekhah Clarke, hydrologue, se sépare de son mari, et vient vivre sur une péniche, prépare son suicide par noyade.  « Le plus dur sera ses oncle et tante, le couple qui l’a élevée, et leur fille, Helen, qui a toujours été comme une sœur pour elle…. A la différence de son homonyme, la Zuleika du Coran, elle n’est pas, n’a jamais été, du genre à s’affirmer….  Tout ce qu’elle veut, là tout de suite, c’est battre en retraite : un aveu silencieux de défaite de la part d’une personne qui s’est épuisée à tenter de survivre – moins un départ qu’un retour chez soi, un retour à l’eau »)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1853

(Arthur a 13 ans ; il est embauché chez les éditeurs Bradbury & Evans qui ont publié Les Ruines de Ninive.  Tous se posent des questions sur les lamassus, taureaux ailés et sur  Yézidis, adorateurs du diable.)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(Grandma Besma, découvreuse de sources, raconte une fois de plus à Naryn la genèse du monde version Yézidi.   L’eau du barrage va tout recouvrir, y compris la tombe d’un Anglais)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1853-1854

(Arthur est titularisé chez Bradbury & Evans ; il lit de plus en plus, en particulier la nouvelle édition des Ruines de Ninive. « Il dessine des palais grandioses au-delà du possible, des jardins aux fontaines parfumées, et par-dessus tout, le Tigre.  Le fleuve dans son imagination n’est ni sale ni pollué comme la Tamise, c’est un paradis liquide, d’un bleu lumineux dont les eaux glissent à travers canaux et aqueducs »)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

(Zaleekhah vient dîner chez l’oncle Malek, et qui est en train de lire Ruines de Ninive. L’oncle n’aime pas le poisson sauf la carpe grillée, le masgouf,  de son enfance)

va-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1854

(Visite d’Arthur au Crystal Palace ; mort de M. Bradbury)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(Visite des cousins émigrés en Allemagne ; l’anglais du cimetière est identifié :  c’est « Roi Arthur des Egouts et des Taudis / Né au bord de la Tamise 1840 / Mort au bord du Tigre 1876 ». Sa tombe est à côté de celle de Leila, grand-mère de la grand-mère ; discussion sur le jihadisme)

II : Mystères d’eau

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1854

 (épidémie de choléra et mort d’un des deux jumeaux)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

(Zaleekhah emprunte Les Ruines de Ninive à Oncle Malek avant de rentrer en taxi sur sa péniche)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1856

 (Charles Dickens rend visite à l’imprimerie et offre les vêtements qui permettront à Arthur de rentrer sans honte au British Museum)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(« Les histoires de Grandma ont souvent trait à l’eau – qui jaillit, qui cherche.  Tout comme deux gouttes d’eau se rejoignent sur une vitre, dit-elle, dessinant lentement et fermement leur chemin, un fil invisible relie ceux qui sont destinés à se rencontrer »)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1857

 (Arthur déchiffre les tablettes cunéiformes et se voit offrir un job au British Museum)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

  (défunt Prof. Berenberg, et la mémoire aquatique, ex-mentor de Zaleekhah ; son mari en est jaloux.  « Elles sont toutes là.  Les rivières perdues du temps, hors de la vue et hors de l’esprit mais remarquables par leur absence, comme les membres fantômes qui gardent la faculté de faire souffrir. »)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1857-1858

(Arthur démissionne de l’imprimerie, et est titularisé au British Museum ; il découvre et traduit l’Epopée de Gilgamesh. « Je souhaite devenir pareil à la Tamise.  Je veux me consacrer à ce qui a été mis au rebut,  endommagé et oublié. »)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(Les Yazidis ont survécu au 2ème déluge grâce à Mère Pira-Fat.  Arrière-arrière-grand-mère Faqra Leila a renoncé à prédire l’avenir après avoir vu qqch à Ninive.)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1871

 (1870, mort de Dickens ; Gilgamesh est plus ancien que la Bible ; conférence à la Société d’archéologie Biblique en présence de Gladstone)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

 (Cousine Helen tient une galerie à côté du British Museum ; Zaleekah trouve le salon de tatouage des gesn dont elle loue la péniche. Nen tatoue en cunéiformes et écrit ainsi le nom de Zaleekhah)

III : Fleuves Fébriles

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1871-1872

(Arthur rencontre et fréquente Mabel ; il rend visiteà sa mère à l’asile avant de partir pour Ninive).

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(Grandma et Naryn vont partir vers Mossul ; Grandma continue à enseigner le traditions Yazidi à Naryn)

-O- Arthur : En route vers le Tigre, 1872

(Arthur passe par Paris, embarque et fait escale à Constantinople. « Il ne peut pas le savoir, mais la saline bienvenue qui l’accueille à Constantinople par cette après-midi de 1872 et le flocon qui a fondu dans la bouche du nouveau-né à Londres en 1840 sont une seule et même goutte d’eau. »)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

(Nen rend visite à Zaleekhah sur sa péniche qui invite Nen à venir dîner chez l’oncle Malek)

-O- Arthur : en route vers le Tigre, 1872

(Arthur marque le pas à Constantinople et attend le firman pour en partir.  Visite du grand bazar et aide à un vieux Yézidi)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

 (Naryn et famille arrivent à Mossul, à Zerâv aka Eaux dorées, lieu de naissance de l’arrière-arrière-grand-mère Leila qui avait reçu en cadeau d’Arthur un qanoun qui a besoin d’être réparé)

-O- Arthur : En route vers le Tigre, 1872

(Arthur au bordel ; qanoun = un instrument plat en bois muni de cordes horizontales ; le mot = règle, principe de vie ; l’incendie dévaste Pera et Arthur garde le qanoun ; le firman est arrivé ; Arthur apprend la mort de sa mère)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

(Zaleekhah tergiverse avant d’aller  à son dîner d’anniversaire chez l’Oncle Malek )

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872

(Arthur force une halte à Zêrav qui « est habité par des adorateurs du diable »)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(découverte d’un corps flottant sur le Tigre ;  « le Tigre est devenu une nécropole flottante »).

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872

 (Arthur est reçu par le Cheikh de Zêrav qui introduit sa fille Leila et son fils puîné Dishan.  Arthur commence ses fouilles.)

 IV : Mémoires d’eau

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

  (Repas d’anniversaire pour Zaleekhah chez Oncle et Tante Malek.  Oncle Malek boit bcp mais ne parvient pas à embarrasser Nen qui offre un lapis lazuli à Zaleekhah.)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872

 (Arthur fouille sans relâche ; « le soir, las et assoiffé, il retourne au village yézidi » ; « Les sons se confondent si intimement qu’il /Arthur/ pourrait presque croire qu’elle /Leila / est elle-même faite d’eau courante ».)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

 (Massacre par Daesh des Yézidis dont les puits ont été empoisonnés et les arbres brûlés ; ils s’enfuient vers le mont Sinjar, comme Noé)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872

 (terribles prémonitions de Leila sur les massacres de Yézidis)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

 (la fille de la cousine Helen  a besoin d’une greffe de rein ;  Nen et Zaleekhah se retrouvent au British Museum ;  Nen est souple et diverse comme la Mésopotamie ; Zaleekhah décide de changer de vie et se fait tatouer par Nen « à la jonction de la main gauche et de l’avant-bras » : « Trois marques à l’encre bleue, la couleur du lapis-lazuli. Le signe de l’eau ».)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872

(« Ma /Leila/ sœur du  monde prochain vit sur les hauteurs du Tigre, près de Castrum Kefa.  Nous en plaisantons toujours, celle qui mourra la première se transformera en goutte d’eau, et ainsi elle pourra facilement couler vers l’autre. »

Arthur trouve la tablette manquant sur le déluge dans Gilgamesh.

Arthur est amoureux de Leila. « Elle l’embrasse sur la joue – une caresse si spontanée qu’elle ne donne pas l’impression de peau contre peau mais plutôt de deux gouttes d’eau qui trouvent le chemin l’une vers l’autre. »)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(Grandma et les Yézidis sans eau, massacrés par Daesch ; Grandma trouve une source mais tombe dans un piège Daesch ; Naryn l’a suivie.

: Déluge

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1872

 (mariage d’Arthur et de Mabel qui ne sont pas du tout fait l’un pour l’autre)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

 (Zaleekhah tombe dans les bras de Nen ;  évocation de la mort des parents noyés de Zaleekhah ;  « écrire,  c’est se libérer des contraintes de l’espace et du temps. Si la parole orale est une ruse des dieux, la parole écrite est le triomphe des humains ».)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise / du Tigre, 1876

 (Arthur, père de jumeaux, retourne à Ninive mais les Yézidis de Zêrav ont tous été massacrés.  Arthur déprime)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

 (Maintenant séparée de Grandma Besma, Naryn, 9 ans,  est emmenée à Mossul, protégée par Salma et choisie pour le Commandant Daesch)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1876

 (« La Mésopotamie est faite d’histoires d’eau. Partout sur ses terres alluviales, les contes les plus anciens sont dédiés aux torrents, aux orages et aux inondations. Le nom sumérien de l’eau, a – tout comme le mot kurde aw --, signifie aussi conception, sperme, conception ».    « Ainsi, à la mi-août 1876, Arthur roi des Egouts et des Taudis se met en route vers les hauteurs du Tigre.  Dans sa sacoche il transporte une gourde d’eau, un sac de dattes, un carnet relié en cuir, et une tablette en lapis-lazuli dédiée à une déesse oubliée.  Il dit adieu pour la seconde et dernière fois à sa bien-aimée Ninive, abandonnant une part de lui-même sur une colline où se cachent les trésors du palais d’Assurbanipal  et les restes humains d’un génocide oublié. »)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

  (visite d’Oncle Malek sur la péniche où il découvre Nen)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1876

  (épidémie de choléra ; Arthur agonise ; un voleur s’empare de la tablette en lapis-lazuli)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

 (Naryn sait lire les tablettes mais refuse de lire pour Daesch)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1876

 (mort d’Arthur ; Leila est là qui le retrouve)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

  (Zaleekhah comprend le trafic de rein fait par Tante Malek qui troque un rein de Naryn pour sauver la fille de Helen)

-H20- Naryn, Zaleekhah, Arthur : Au bord du Tigre, 2018

 (Zaleekhah et Nen rachètent Naryn et veulent l’emmener à Londres ; Hasankeyf --  et donc la tombe d’Arthur – est noyé sous les eaux du barrage)      (« Si seulement nous pouvions voir le monde par les yeux d’un bébé, emplid d’innocent émerveillement, nous contemplerions les fleuves du ciel.  Fleuves puissants qui jamais ne cessent de couler ».)

Le Voyage d’une Goutte d’Eau

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Les Yézidis :

Ethniquement :  ce sont des Kurdes (tous les Yézidis sont Kurdes, mais tous les Kurdes ne sont pas des Yézidis)

Géographiquement :  A cheval  sur nombre de pays du Moyen-Orient, une petite minorité vit en Turquie, dans le sud-est anatolien

Linguistiquement :  Les Yézidis ne parlent ni l’arabe (chamito-sémitique) ni le Turc (ouralo-altaïque) mais le Kurmandji, qui est un dialecte Kurde, lequel fait partie des langues iraniennes occidentales (indo-européen).

Socialement :

Les Yézidis ont des castes et clans endogames.  Approche difficile : ils ont tout de même raison d’être méfiants. 

Au sommet de la pyramide, le Mir ou Prince.  Juste en-dessous de lui, le Baba Sheikh ou, comme le nom l’indique, Pape yézidi.  Les Faqirs, les Qewels, et les Kocheks sont des serviteurs religieux qui servent le Pape yézidi.  Toutes ces positions religieuses sont occupées par des membres de 2 des 3 castes yézidies principales.  La majorité des Yézidis font partie de la caste des Murides.  Les castes sont censées être strictement endogames. 

Religieusement : 

Le Yézidisme et le Zoroastrisme ont des origines communes.

Le Yézidisme est un monothéisme syncrétique  qui existe depuis plus de 7,000 ans.  Influence du soufisme, du zoroastrisme, du judaïsme et du christianisme.                                      Adam est certes le premier homme, mais a engendré sans Eve un fils – Shehid bin Jer --dont les Yézidis descendent.                                                                                                                                                                 Le monde a été créé par Xwede qui s’est désintéressé de sa création et en a confié la gestion à 7 anges sous la direction de l’archange Malek Taûs, le Roi Paon, (Paon = Soleil).  On se tourne vers le soleil pour les invocations de cette figure bienveillante qui a été par erreur confondue par des Musulmans avec Lucifer, d’où la caractérisation des Yésidis comme Adorateurs du Diable et leur persécution.

Historiquement :

               Pour les Turcs comme pour les Arabes, la religion Yézidie relève du passé ; ses pratiquants sont des ruraux arriérés.  Pour les fondamentalistes, ils sont à éliminer, ce à quoi s’est employé Daech entre 2014 et 2018, accusant les Yézidis d’être des « adorateurs du diable ».

               Le nom « yezidi » viendrait du proto-iranien « yazatah »                              et on retrouve les lettres YZD inscrites sur une tablette cunéiforme qui attesterait de l’ancienneté de cette croyance, mais il n’y a pas de système d’écriture propre aux Yézidis.

               Entre les 9ème  et 8ème s. av. J-C, les Mèdes (tribus iraniennes) s’installent au Kurdistan actuel ; ils pratiquent le yézidisme,

               A partir du 6ème s. av J-C, les Mèdes deviennent en majorité zoroastriens, mais pas tous.  Aujourd’hui, le yézidisme est une survivance de la religion originale des Mèdes, mais très transformée par adstrats d’éléments exogènes.  Yézidisme et zoroastrisme ont une origine commune mais ne dérivent pas l’un de l’autre.

               Une majorité de Kurdes va se convertir à l’Islam sunnite, masi pas tous.

               Le yézidisme est une tradition orale, donc les Yézidis ne sont pas des « gens du livre », ce qui va aggraver leur cas.   Les Yézidis se heurtent donc à des conflits intra-kurdes et aux fondamentalistes islamistes.  Les yézidis ont aussi affrontés les Turcs, ce qui complique leur situation.

               Les Yézidis sont monothéistes.  Xwede est le Créateur mais s’étant désintéressé de sa création, il n’est pas le conservateur fu monde.   Il a aussi créé 7 anges gestionnaires :  le 1er jour, un dimanche, il a créé Azraïl, plus connu sous le nom de Malek Tawûs, émanation et serviteur de Xwede. Ils dirigent les autres ; c’est un archange.  C’est l’Ange-Paon.  Le Paon est le symbole du soleil, et les Yézidis prient en se tournant vers le Soleil Levant qu’Ils révérent comme créature de Dieu et non comme divinité en soi.  

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