PREAMBULE
Je tiens à remercier chaleureusement Jean-Paul pour le travail admirable qu'il a effectué pour préparer sa présentation et nous restituer son intérêt pour ce livre ; travail dont vous pourrez juger de la qualité dans les lignes qui suivent.
Chacun pourra percevoir la richesse de "Les fleuves du ciel" qui fait voyager le lecteur dans l'espace et dans le temps.
Jean-Paul a mis l'accent sur des questions d'ordre ethnologiques (sa matière) et historiques ; elles complètent parfaitement le contexte du livre et qui contenteront tous ceux qui souhaitent aller plus loin dans la connaissance des cultures mésopotamiennes, véritables creusets de notre culture.
J'encourage tout un chacun à découvrir (si ce n'est déjà fait) l'épopée de Gilgamesh, les mythes et la cosmogonie fantastique qu'elle recèle.
Cette 63ème réunion s'est caractérisée par des échanges vifs et parfois emportés qui ne sont pas habituels au Square. Je crois que, tout en échangeant des opinions divergentes (le sel du débat), il convient de tenter d'équilibrer nos critiques en recherchant, dans chacun des livres que nous sélectionnons, la part formidable (il y en a toujours) qui fait, comme me l'a soufflé Marie-Odile, que l'on sort différent après sa lecture.
C'est un exercice que, pour ma part, je reconnais ne pas avoir suffisamment pratiqué ; mais il n'est jamais trop tard !
Je laisse la "parole" à Jean-Paul qui a invité chacun des participants à consulter la recension qu'Alain à écrite dans son fameux et remarquable blog :
ça va mieux en l'écrivant !... - ... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !
et avec lequel il est en parfait accord.
Elif Shafak est née le 25 octobre 1971 à Strasbourg (Elif Bilgin de son nom de naissance).
Elle est la fille du psychologue turc, Nuri Bilgin (1948-2015) et de l’influente auteure et traductrice turque, Pinar Kür (1943-2025), dont aucun des livres ne semble traduit en français.
Quand ses parents divorcent, elle retourne vivre à Ankara avec sa mère et sa grand-mère, puis passe son adolescence à Madrid, en Jordanie et en Allemagne.
A 18 ans, elle prend un nom de plume, ajoutant le prénom de sa mère (Shafak = aube, lever du jour) au sien.
Elle se marie en 2005 avec Eyüp Can, ex-rédacteur de la revue Radikal. Ils ont une fille, née en 2006.
Elle obtient un Doctorat en Sciences Politiques de la Middle East Technical University d'Ankara.
Elle a publié une bonne vingtaine de romans depuis 1998. Elle écrit en turc et en anglais. Dès 1998, avec son premier roman, Pinhan, elle reçoit le Prix Rumi, sorte de Goncourt turc. D'une manière générale, son travail d'écriture est très bien reçu par les turcs.
Elle publie en 2004 son premier roman en anglais, The Saint on Incipient Insanities. En 2006, sort le deuxième roman en anglais, Le Bâtard d’Istanbul, qui traite du génocide arménien. Succès de librairie en Turquie, mais sujet politiquement tabou, Elif Shafak préfère s’exiler en Angleterre.
Elle vit en Angleterre depuis 2013.
Bibliographie des
livres d’E.S. par ordre
chronologique de parution originale :
Paru titre orig. trad.fr.
1997 Kem Gözetlek (peu surveillé, peu protégé)
1998 Pinhan (secret, clandestine)
1999 Serhin Aynalari (les miroirs du spectacle)
2000 Mahrem (GB) The Gaze Crime d’Honneur
2002 Bit Palas (GB) The Flea Palace Bonbon Palace
2004 The Saint of Incipient Insanities Ce Pays Qui n’Existe Plus
2005 Med-Cezir (flux et reflux)
2006 The Gaze Crime d’Honneur
2006 The Bastard of Istanbul La Bâtarde d’Istanbul
2006 Baba ve Piç (GB) The Bastard of Istanbul .
2007 Siya Süt (GB) Black Milk Lait Noir (autobiog.)
2009 The Forty Rules of Love Soufi, mon amour
2009 Ask (GB) The 40 Rules of Love Soufi, mon Amour
2011 Iskender (Doner kebab)
2012 Honour
2013 Ustam ve Ben (L’Architecte du Sultan)
2014 The Architect’s Apprentice L’Architecte du Sultan
2016 Three Daughters of Eve Trois Filles d’Eve
2019 10 Minutes 38 Seconds in this strange world 10 m 38 s dans ce monde étrange
2020 How to Stay Sane in an Age of Division (comment garder son calme à l’âge de la division)
2021 The Island of Missing Trees L’Île aux Arbres Disparus
2023 There Are Rivers in the Sky Les Fleuves du Ciel
Petite histoire de
la littérature turque
3 figures contemporaines :
- Yasar Kemal (1923-2015) années 50s, Village novel (réalisme social): par ex. Mémed le Mince
- Orhan Pamuk (1952-xxxx) Prix Nobel 2006,
- Elif
Shafak (1971-xxxx)
Littérature turque =
ensemble de textes oraux ou écrits en Turc Ottoman ou en Turc contemporain.
1ers textes oraux,
remontent au 7ème s. en Mongolie.
Au 11ème s.,
les Turcs arrivent en Anatolie
Pdt la période ottomane (1299-1922), les textes empruntent bcp au Perse et à l’Arabe ; la poésie domine ; la prose d’alors est centrée sur tout autre chose que la fiction, récit de voyages, biographies, récits historiques, etc.). Littérature orale et littérature écrite restent bien séparées.
Divan = un style d’écriture poétique fortement influencée par le Persan et l’Arabe
Tanzimat (1839-1876) = effort modernisateur dans l’empire Ottoman ; émergence de la prose fictionnelle
Guerre de Crimée (1853-1856) : alliance Turquie - France/Angleterre, d’où une grande influence, en particulier avec l’Art pour l’Art de Théophile Gautier & émergence du nationalisme et réalisme social
Période de transition (1880-1920)
République turque (1923 ...)
Le changement est radical avec Mustafa Kemal qui veut moderniser et donc occidentaliser la Turquie. La littérature française est à la mode. Kemal reçoit Loti et Farrère. A cette modernisation, 1928 donnera un coup d’accélérateur avec la création et la dissémination d'une version modifiés de l'alphabet latin pour remplacer l'écriture arabe dont se servait les Ottomans.
Tampinar (1901-1962), avant tout un poète, il documente dans sa prose les conflits entre Est et Ouest dans la société et la culture moderne turque.
Yasar Kemal (1923-2015), et le réalisme social du « roman de Village »
Adalet Agaoglu (1929-2020), modernisme
avec une trilogie qui documente les changements intervenus en Turquie entre les
années 30s et les années 80s.
Orhan Pamuk (1952-…) représente
post-modernisme et réalisme magique
Elif Shafak fait figure de dernière
vague qui doit faire face au régime Erdogan (1954-….) au pouvoir depuis 2014.
****
Le livre même : Les fleuves du ciel (There
Are Rivers in the Sky) 1924
-Exergues divers
I: Goutte de pluie
(cunéiforme:) Au bord
du Tigre, dans l’ancien temps
(Assurbanipal à Ninive et « la goutte d’eau reste
tapie dans les cheveux du roi…. Même avec le passage des siècles, une trace de
cet instant restera ancrée dans sa forme élémentale. »)
H2O
(« cette molécule est incurvée, non linéaire.
… Trois personnages se joignent à travers les frontières de
l’espace et du temps, et ensemble, ils composent cette histoire »)
-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1840
(Arthur Smyth, roi des Egouts et des Taudis, né à Chelsea, fils d’Arabella « est doté d’une mémoire extraordinaire – visuelle, verbale et sensorielle »)
H- Naryn : Au bord du tigre, 2014
(Noryn est orpheline de mère et élevée par sa
grand-mère Besma ; elles sont Yézidis et chassées sans ménagement de la
vallée de Ladesh en raison de la construction d’un barrage. « Hasankeyf
sera bientôt inondée à cause du nouveau barrage… Un jour, bientôt, son audition
disparaîtra aussi – avec la terre qu’elle connaît depuis toujours comme sa
demeure »)
-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1852
(Arthur fréquente ‘l’école déguenillée pour les
garçons’ et la quitte, suie à une bastonnade injuste au cours de laquelle il aperçoit
le livre de Austen Henry Layard, Les Ruines de Ninive, puis assiste à l’entrée
au British Museum de lamassus découverts à Ninive. Il rencontre par
hasard le Dr. Samuel Birch, conservateur des Antiquités Orientales. Les lamassus sont en exil perpétuel.
« Créatures du fleuve tentant de s’habituer à la terre sèche, perdues dans
cette cité écrasante, comme lui-même l’a été toute sa vie »)
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(Dr. Zaleekhah Clarke, hydrologue, se sépare de son
mari, et vient vivre sur une péniche, prépare son suicide par noyade. « Le plus dur sera ses oncle et tante,
le couple qui l’a élevée, et leur fille, Helen, qui a toujours été comme une
sœur pour elle…. A la différence de son homonyme, la Zuleika du Coran, elle
n’est pas, n’a jamais été, du genre à s’affirmer…. Tout ce qu’elle veut, là tout de suite, c’est
battre en retraite : un aveu silencieux de défaite de la part d’une
personne qui s’est épuisée à tenter de survivre – moins un départ qu’un retour
chez soi, un retour à l’eau »)
-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1853
(Arthur a 13 ans ; il est embauché chez les
éditeurs Bradbury & Evans qui ont publié Les Ruines de Ninive. Tous se posent des questions sur les lamassus,
taureaux ailés et sur Yézidis,
adorateurs du diable.)
H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014
(Grandma Besma, découvreuse de sources, raconte une
fois de plus à Naryn la genèse du monde version Yézidi. L’eau
du barrage va tout recouvrir, y compris la tombe d’un Anglais)
-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1853-1854
(Arthur est titularisé chez Bradbury & Evans ; il lit de plus en plus, en particulier la nouvelle édition des Ruines de Ninive. « Il dessine des palais grandioses au-delà du possible, des jardins aux fontaines parfumées, et par-dessus tout, le Tigre. Le fleuve dans son imagination n’est ni sale ni pollué comme la Tamise, c’est un paradis liquide, d’un bleu lumineux dont les eaux glissent à travers canaux et aqueducs »)
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(Zaleekhah vient dîner chez l’oncle Malek, et qui est
en train de lire Ruines de Ninive. L’oncle n’aime pas le poisson sauf la
carpe grillée, le masgouf, de son
enfance)
va-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1854
(Visite d’Arthur au Crystal Palace ; mort de M.
Bradbury)
H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014
(Visite des cousins émigrés en Allemagne ; l’anglais du cimetière est identifié : c’est « Roi Arthur des Egouts et des Taudis / Né au bord de la Tamise 1840 / Mort au bord du Tigre 1876 ». Sa tombe est à côté de celle de Leila, grand-mère de la grand-mère ; discussion sur le jihadisme)
II :
Mystères
d’eau
-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1854
(épidémie de choléra et mort d’un des deux jumeaux)
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(Zaleekhah emprunte Les Ruines de Ninive à
Oncle Malek avant de rentrer en taxi sur sa péniche)
-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1856
(Charles Dickens rend visite à l’imprimerie et offre les
vêtements qui permettront à Arthur de rentrer sans honte au British Museum)
H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014
(« Les histoires de Grandma ont souvent trait à
l’eau – qui jaillit, qui cherche. Tout
comme deux gouttes d’eau se rejoignent sur une vitre, dit-elle, dessinant
lentement et fermement leur chemin, un fil invisible relie ceux qui sont
destinés à se rencontrer »)
-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1857
(Arthur déchiffre les tablettes cunéiformes et se voit
offrir un job au British Museum)
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(défunt Prof. Berenberg, et la mémoire aquatique,
ex-mentor de Zaleekhah ; son mari en est jaloux. « Elles sont toutes là. Les rivières perdues du temps, hors de la vue
et hors de l’esprit mais remarquables par leur absence, comme les membres
fantômes qui gardent la faculté de faire souffrir. »)
-O- Arthur : Au bord de la
Tamise, 1857-1858
(Arthur démissionne de l’imprimerie, et est titularisé
au British Museum ; il découvre et traduit l’Epopée de Gilgamesh.
« Je souhaite devenir pareil à la Tamise.
Je veux me consacrer à ce qui a été mis au rebut, endommagé et oublié. »)
H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014
(Les Yazidis ont survécu au 2ème déluge
grâce à Mère Pira-Fat.
Arrière-arrière-grand-mère Faqra Leila a renoncé à prédire l’avenir
après avoir vu qqch à Ninive.)
-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1871
(1870, mort de Dickens ; Gilgamesh est plus
ancien que la Bible ; conférence à la Société d’archéologie Biblique en
présence de Gladstone)
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(Cousine Helen tient une galerie à côté du British
Museum ; Zaleekah trouve le salon de tatouage des gesn dont elle loue la
péniche. Nen tatoue en cunéiformes et écrit ainsi le nom de Zaleekhah)
III : Fleuves Fébriles
-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1871-1872
(Arthur rencontre et fréquente Mabel ; il rend
visiteà sa mère à l’asile avant de partir pour Ninive).
H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014
(Grandma et Naryn vont partir vers Mossul ;
Grandma continue à enseigner le traditions Yazidi à Naryn)
-O- Arthur : En route vers le Tigre, 1872
(Arthur passe par Paris, embarque et fait escale à
Constantinople. « Il ne peut pas le savoir, mais la saline bienvenue qui
l’accueille à Constantinople par cette après-midi de 1872 et le flocon qui a
fondu dans la bouche du nouveau-né à Londres en 1840 sont une seule et même
goutte d’eau. »)
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(Nen rend visite à Zaleekhah sur sa péniche qui
invite Nen à venir dîner chez l’oncle Malek)
-O- Arthur : en route vers le Tigre, 1872
(Arthur marque le pas à Constantinople et
attend le firman pour en partir.
Visite du grand bazar et aide à un vieux Yézidi)
H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014
(Naryn et famille arrivent à Mossul, à Zerâv aka Eaux
dorées, lieu de naissance de l’arrière-arrière-grand-mère Leila qui avait reçu
en cadeau d’Arthur un qanoun qui a besoin d’être réparé)
-O- Arthur : En route vers le Tigre, 1872
(Arthur au bordel ; qanoun = un instrument
plat en bois muni de cordes horizontales ; le mot = règle, principe de
vie ; l’incendie dévaste Pera et Arthur garde le qanoun ;
le firman est arrivé ; Arthur apprend la mort de sa mère)
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(Zaleekhah tergiverse avant d’aller à son dîner d’anniversaire chez l’Oncle Malek
)
-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872
(Arthur force une halte à Zêrav qui « est habité
par des adorateurs du diable »)
H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014
(découverte d’un corps flottant sur le
Tigre ; « le Tigre est devenu
une nécropole flottante »).
-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872
(Arthur est reçu par le Cheikh de Zêrav qui introduit
sa fille Leila et son fils puîné Dishan.
Arthur commence ses fouilles.)
IV : Mémoires d’eau
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(Repas d’anniversaire pour Zaleekhah chez Oncle et
Tante Malek. Oncle Malek boit bcp mais
ne parvient pas à embarrasser Nen qui offre un lapis lazuli à Zaleekhah.)
-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872
(Arthur fouille sans relâche ; « le soir,
las et assoiffé, il retourne au village yézidi » ; « Les sons se
confondent si intimement qu’il /Arthur/ pourrait presque croire qu’elle
/Leila / est elle-même faite d’eau courante ».)
H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014
(Massacre par Daesh des Yézidis dont les puits ont été
empoisonnés et les arbres brûlés ; ils s’enfuient vers le mont Sinjar,
comme Noé)
-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872
(terribles prémonitions de Leila sur les massacres de
Yézidis)
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(la fille de la cousine Helen a besoin d’une greffe de rein ; Nen et Zaleekhah se retrouvent au British
Museum ; Nen est souple et diverse
comme la Mésopotamie ; Zaleekhah décide de changer de vie et se fait
tatouer par Nen « à la jonction de la main gauche et de
l’avant-bras » : « Trois marques à l’encre bleue, la couleur du
lapis-lazuli. Le signe de l’eau ».)
-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872
(« Ma /Leila/ sœur du monde prochain vit sur les hauteurs du Tigre,
près de Castrum Kefa. Nous en
plaisantons toujours, celle qui mourra la première se transformera en goutte
d’eau, et ainsi elle pourra facilement couler vers l’autre. »
Arthur trouve la tablette manquant sur le déluge dans
Gilgamesh.
Arthur est amoureux de Leila. « Elle l’embrasse
sur la joue – une caresse si spontanée qu’elle ne donne pas l’impression de
peau contre peau mais plutôt de deux gouttes d’eau qui trouvent le chemin l’une
vers l’autre. »)
H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014
(Grandma et les Yézidis sans eau, massacrés par
Daesch ; Grandma trouve une source mais tombe dans un piège Daesch ;
Naryn l’a suivie.
V : Déluge
-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1872
(mariage d’Arthur et de Mabel qui ne sont pas du tout
fait l’un pour l’autre)
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(Zaleekhah tombe dans les bras de Nen ; évocation de la mort des parents noyés de
Zaleekhah ; « écrire, c’est se libérer des contraintes de l’espace
et du temps. Si la parole orale est une ruse des dieux, la parole écrite est le
triomphe des humains ».)
-O- Arthur : Au bord de la Tamise / du Tigre,
1876
(Arthur, père de jumeaux, retourne à Ninive mais les
Yézidis de Zêrav ont tous été massacrés.
Arthur déprime)
H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014
(Maintenant séparée de Grandma Besma, Naryn, 9
ans, est emmenée à Mossul, protégée par
Salma et choisie pour le Commandant Daesch)
-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1876
(« La Mésopotamie est faite d’histoires d’eau.
Partout sur ses terres alluviales, les contes les plus anciens sont dédiés aux
torrents, aux orages et aux inondations. Le nom sumérien de l’eau, a –
tout comme le mot kurde aw --, signifie aussi conception, sperme,
conception ». « Ainsi, à la
mi-août 1876, Arthur roi des Egouts et des Taudis se met en route vers les
hauteurs du Tigre. Dans sa sacoche il
transporte une gourde d’eau, un sac de dattes, un carnet relié en cuir, et une
tablette en lapis-lazuli dédiée à une déesse oubliée. Il dit adieu pour la seconde et dernière fois
à sa bien-aimée Ninive, abandonnant une part de lui-même sur une colline où se
cachent les trésors du palais d’Assurbanipal
et les restes humains d’un génocide oublié. »)
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(visite d’Oncle Malek sur la péniche où il découvre
Nen)
-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1876
(épidémie de choléra ; Arthur agonise ; un
voleur s’empare de la tablette en lapis-lazuli)
H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014
(Naryn sait lire les tablettes mais refuse de lire
pour Daesch)
-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1876
(mort d’Arthur ; Leila est là qui le retrouve)
-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018
(Zaleekhah comprend le trafic de rein fait par Tante
Malek qui troque un rein de Naryn pour sauver la fille de Helen)
-H20- Naryn, Zaleekhah, Arthur : Au bord du
Tigre, 2018
(Zaleekhah et Nen rachètent Naryn et veulent l’emmener
à Londres ; Hasankeyf -- et donc la
tombe d’Arthur – est noyé sous les eaux du barrage) (« Si seulement nous pouvions voir
le monde par les yeux d’un bébé, emplid d’innocent émerveillement, nous
contemplerions les fleuves du ciel.
Fleuves puissants qui jamais ne cessent de couler ».)
Le Voyage d’une Goutte
d’Eau
****
Les
Yézidis :
Ethniquement : ce
sont des Kurdes (tous les Yézidis sont Kurdes, mais tous les Kurdes ne sont pas
des Yézidis)
Géographiquement : A
cheval sur nombre de pays du
Moyen-Orient, une petite minorité vit en Turquie, dans le sud-est anatolien
Linguistiquement : Les
Yézidis ne parlent ni l’arabe (chamito-sémitique) ni le Turc
(ouralo-altaïque) mais le Kurmandji, qui est un dialecte Kurde, lequel
fait partie des langues iraniennes occidentales (indo-européen).
Socialement :
Les Yézidis ont des
castes et clans endogames. Approche
difficile : ils ont tout de même raison d’être méfiants.
Au sommet de la pyramide,
le Mir ou Prince. Juste en-dessous de
lui, le Baba Sheikh ou, comme le nom l’indique, Pape yézidi. Les Faqirs, les Qewels, et les Kocheks
sont des serviteurs religieux qui servent le Pape yézidi. Toutes ces positions religieuses sont
occupées par des membres de 2 des 3 castes yézidies principales. La majorité des Yézidis font partie de la
caste des Murides. Les castes
sont censées être strictement endogames.
Religieusement :
Le Yézidisme et le
Zoroastrisme ont des origines communes.
Le Yézidisme est un
monothéisme syncrétique qui existe depuis plus de 7,000 ans. Influence du soufisme, du zoroastrisme, du
judaïsme et du christianisme. Adam est certes le premier
homme, mais a engendré sans Eve un fils – Shehid bin Jer --dont les Yézidis
descendent.
Le monde a été créé par Xwede qui s’est désintéressé de sa création et
en a confié la gestion à 7 anges sous la direction de l’archange Malek Taûs, le
Roi Paon, (Paon = Soleil). On se tourne
vers le soleil pour les invocations de cette figure bienveillante qui a été par
erreur confondue par des Musulmans avec Lucifer, d’où la caractérisation des
Yésidis comme Adorateurs du Diable et leur persécution.
Historiquement :
Pour les Turcs comme pour les Arabes, la religion
Yézidie relève du passé ; ses pratiquants sont des ruraux arriérés. Pour les fondamentalistes, ils sont à
éliminer, ce à quoi s’est employé Daech entre 2014 et 2018, accusant les
Yézidis d’être des « adorateurs du diable ».
Le
nom « yezidi » viendrait du proto-iranien « yazatah » et on retrouve
les lettres YZD inscrites sur une tablette cunéiforme qui attesterait de
l’ancienneté de cette croyance, mais il n’y a pas de système d’écriture propre
aux Yézidis.
Entre
les 9ème et 8ème
s. av. J-C, les Mèdes (tribus iraniennes) s’installent au Kurdistan actuel ;
ils pratiquent le yézidisme,
A
partir du 6ème s. av J-C, les Mèdes deviennent en majorité
zoroastriens, mais pas tous.
Aujourd’hui, le yézidisme est une survivance de la religion originale
des Mèdes, mais très transformée par adstrats d’éléments exogènes. Yézidisme et zoroastrisme ont une origine
commune mais ne dérivent pas l’un de l’autre.
Une
majorité de Kurdes va se convertir à l’Islam sunnite, masi pas tous.
Le
yézidisme est une tradition orale, donc les Yézidis ne sont pas des « gens
du livre », ce qui va aggraver leur cas. Les Yézidis se heurtent donc à des conflits
intra-kurdes et aux fondamentalistes islamistes. Les yézidis ont aussi affrontés les Turcs, ce
qui complique leur situation.
Les
Yézidis sont monothéistes. Xwede
est le Créateur mais s’étant désintéressé de sa création, il n’est pas le
conservateur fu monde. Il a aussi créé 7
anges gestionnaires : le 1er
jour, un dimanche, il a créé Azraïl, plus connu sous le nom de Malek Tawûs,
émanation et serviteur de Xwede. Ils dirigent les autres ; c’est un
archange. C’est l’Ange-Paon. Le Paon est le symbole du soleil, et les
Yézidis prient en se tournant vers le Soleil Levant qu’Ils révérent comme
créature de Dieu et non comme divinité en soi.
*****
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