Le blog du Nouveau Square Littéraire (NSL) s'inscrit dans la continuité du précédent blog. Il est dédié aux comptes-rendus des échanges effectués lors des réunions du Square. Chacun de ces comptes-rendus comprend deux parties : l'une consacrée à l'œuvre choisie comme thème d'échange, l'autre présentant les "coups de cœur" des participants.
jeudi 4 juin 2026
65ème réunion du Square du 4 juin 2026 : "Spécial Jean Echenoz"
Pour ce "Spécial Jean Echenoz", François nous avait proposé la lecture de Envoyée spéciale et d'un autre des 19 romans publiés à ce jour par l'auteur, tous aux "Editions de Minuit" dont il est resté fidèle depuis sa rencontre avec Jérôme Lindon et Le Méridien de greewich, son premier roman ; lequel a obtenu le Prix Fénéon qui récompense des auteurs de moins de 35 ans de "situation modeste". A noter que des auteurs comme Eric Chevillard, Tanguy Viel ou Laurent Mauvignier ont également été lauréats de ce prix.
Echenoz est né à Orange en 1947. Son père est psychiâtre et sa mère pratique la gravure. François souligne qu'Echenoz est donc, plutôt, un "provincial", bien qu'il ait rejoint la capitale dans les années 70. Michel O. ajoute que la profession de son père peut avoir eu une influence sur l'écriture d'Echenoz.
Parlons-en de cette écriture (comme aurait pu l'écrire cet Echenoz). On y retrouve des thèmes récurrents : des héros sans épaisseur, à tendance "looser", pris dans des engrenages saugrenus qui les dépassent, dans des scénarios improbables. Indénibalement, on n'a pas affaire à des "romans psychologiques". Echenoz fait voyager ses personnages aux quatres coins du globe : La Corée du Nord (Envoyés spéciale), l'Indonésie (Vie de Jérôme Fulmard), la Micronésie (Le Méridien de Greenwich), en Malaisie (L'Équipée malaise), dans les régions arctiques (Je m'en vais), en Inde, en Australie et à Paris (Les Grandes Blondes), etc. D'aucuns ont parlé à ce sujet de "romans géographiques". Dans Nous trois, Echenoz leur fait parcourir la planète entière et même l’espace.
mercredi 3 juin 2026
64ème réunion du Square du 19 février : "L'homme peuplé" de Franck Bouysse
Les Square se succèdent mais ne se ressemblent pas. Preuve en est, celui de ce jeudi 19 février. D'abord un nouveau lieu : le sous-sol voûté du restaurant "Habile", sis, 16, rue de Lancry dans le 10ème arrondissement. Ensuite, une interruption de séance après la remarquable présentation du livre par Alain.
Monique, d'ordinaire plutôt discrète, est victime d'un malaise qui la laisse une bonne demi-heure sur le plancher du restaurant au rez-de-chaussée (en plein service), avant que les pompiers assurent son transfert aux urgences de Lariboisière. Que tout le monde se rassure : Monique va très bien depuis.
Nous pensions revenir dans ce restaurant pour le prochain Square, mais on nous a appris assez tardivement qu'il était réservé pour une soirée privée (à vérifier). Nous nous rapatrierons donc dans notre ancien repère : Astier.
Il n'y aura pas de "Coups de coeur" cette fois-ci ; je ne les ai pas notés.
Je me permets de vous communiquer l'adresse de l'excellente recension qu'Alain a produite en octobre 2022 sur son blog :
https://www.cavamieuxenlecrivant.com/2022/10/l-homme-peuple-de-franck-bouysse.html
et même de vous la transcrire en bonne et due forme écrite :
"En peinture, on connaît plusieurs interprétations de « L’artiste et son modèle ». En littérature, on pourrait en exprimer l’idée par la formule « Attention, un roman peut en cacher un autre ».
Franck Bouysse est l’un des très grands écrivains français actuels. Il puise la matière première de ses romans dans le terroir de sa Corrèze. Dans L’homme peuplé, Harry, un auteur en panne d’inspiration après un premier livre à succès, a décidé, pour se ressourcer, de quitter sa grande ville. Il a acheté une vieille ferme, éloignée de tout, en rase campagne. La maison est ancienne, délabrée, ses ossatures gémissent, surtout la nuit. Harry s’installe en plein hiver. Le ciel est plombé, la neige n’en finit pas de tomber, le brouillard gomme les paysages ; des bruits étranges fusent, d’on ne sait où. Dans cet univers inhospitalier et nouveau pour lui, Harry cherche ses marques… et son inspiration.
Au village le plus proche, une jeune femme, jolie, tient l’unique commerce des environs. Harry entre en contact. Il s’interroge sur un voisin invisible, dont on prétend là-bas qu’il est un peu sourcier, un peu sorcier… Ce voisin, est-ce le dénommé Caleb, que l’auteur nous présente dès le premier chapitre ? Un éleveur solitaire, taiseux, fantomatique ; un homme bridé par l’emprise de sa mère, Sarah, aujourd’hui morte et enterrée, mais toujours présente par l’esprit !… Caleb, Sarah : des prénoms peu courants chez les paysans du terroir. Mais appartiennent-ils encore au monde de Franck, ou font-ils déjà partie de celui de Harry ?
Les chapitres alternent le quotidien balbutiant de Harry et les divagations paranoïaques de Caleb. Il finira par apparaître que ce dernier n’était pas sorti indemne, jadis, d’une situation qui avait mal tourné. A ce stade du livre, la narration aura pris l'allure d’un thriller horrifiant… C’est qu’il se passe des choses terribles dans nos campagnes, des événements que chacun raconte par bribes à sa manière, peut-être même des crimes restés impunis ! La neige, le brouillard, le vent effacent tout ; enfin, c’est ce que voudraient les puissants. Il est malvenu de chercher à en savoir plus…
Ni les silences hostiles ni les secrets impénétrables n’entravent la démarche de Harry l’écrivain. Ils lui valent des angoisses, des cauchemars, des hallucinations, mais ils l’amènent à libérer son esprit, à imaginer l’inimaginable. Sa vocation est d’observer, d’écouter, d’engranger des dires, d’enregistrer ses émotions et de tout noter soigneusement noir sur blanc. Le moment venu — seulement le moment venu ! — il pourra lier et ordonner le tout dans une histoire peuplée de souvenirs, de rêves, de regrets, de haines, de fantasmes et de personnages… vivants ou morts.
La lecture de L’homme peuplé est difficile, déroutante. Les premiers chapitres, très immobiles et pointillistes, sont un éloge d’une lenteur évocatrice de la vie de tous les jours sur les territoires reculés. Le rythme s’accélère soudain, devient même haletant, angoissant, avant de s’arrêter net… Déboussolé dans un premier temps, j’ai alors compris qu’il me fallait abandonner des interprétations en trompe-l’œil et replacer le tout dans un roman en cours de conception.
La construction romanesque de L’homme peuplé est époustouflante, dès lors qu’on l’a perçue. Il convient de relire une deuxième fois le livre, au moins en partie, pour en saisir la subtilité, indécelable au premier abord. Les indices sont pourtant là ; les jeux sur les prénoms aussi. Mais on ne les entrevoit qu’après coup.
La plume de Franck Bouysse est très imagée, mystique, lyrique, ce qui la rend par endroit hermétique. Elle s’inspire de la terre, du ciel, du vol des oiseaux. N’en fait-il pas parfois un peu trop ? Quand la recherche de la métaphore percutante devient trop visible, l’on en arrive à douter de la modestie de l’auteur. Il m’est arrivé d’éprouver de l’agacement, mais dans son ensemble, l’écriture est superbe ; j’avoue m’être laissé très agréablement dériver au fil des lignes et des pages.
Et plus je reviens sur ce roman, plus je trouve exceptionnelle la performance qu’il constitue !"
Inscription à :
Articles (Atom)

