mardi 16 décembre 2025

63ème réunion du Square du jeudi 11 décembre 2025 : Les coups de cœurs !

Chantal Martin :

Nous sommes faits d'orage (que Chantal compare à "Avril brisé" de Kadaré)

 

Michel O.





Claude :




Jean-Bernard :

L'œuvre de Joffrine Donnadieu et en particulier :


Vous trouverez, à la suite de la liste de ces coups de cœur, des commentaires de Jean-Bernard concernant les deux œuvres ci-dessus.

Alain :





Lorraine

Les livres de Fabrice Caro (comme l'avait conseillé François)

Michel E.



Le "bonus" de Jean-Bernard au sujet des ses deux coups de cœur
 de Joffrine Donnadieu

 1- Les nuits à venir                          

Ce roman est ancré dans la nouvelle vie d'une jeune femme, nommée Marge, qui a déserté la maison familiale. Elle s'est installée dans un immeuble menacé de démolition. Immeuble vide hors un unique autre occupant, Victor, ancien militaire qui vit en solitaire et refuse d'en partir.                                                                                     Entre l'un et l'autre se tisse progressivement un lien relation qui deviendra fusionnel, dans laquelle les tentations d'une relation sexuelle tiennent une place centrale. Mais sans parvenir à se concrétiser. S'il fallait résumer, la construction d'une passion amoureuse qui, progressivement, effacera tout ce qui n'est pas elle.

Le déroulé de ce récit maille ensemble  la vie réelle de Marge  et celle de cinq autres personnages, des femmes, que celle-ci imagine. Toutes elles font pression sur Marge pour qu'à chacune elle invente une histoire, dans laquelle l'amour doit tenir  une place centrale. Soit autant de récits qui interfèrent avec la vie réelle de Marge, puis de celle de Victor qui finit par les accepter. Et c'est ainsi qu'à l'extrême fin de l'ouvrage ils finissent pas faire l'amour, juste avant que Victor  périsse de son cancer, qu'il avait ténu bien caché.

Qu'il s'agisse du déroulé de l'histoire, de ses divers personnages dans leurs multiples  dimensions, qu'ils soient réels ou imaginés, ainsi que de leurs interférences dans un sens et dans l'autre, et ce sans oublier la qualité de l'écriture et les modes de faire utilisés par la romancière, cet ouvrage est remarquable et donne grande envie de lire les autres  écrits de Joffrine  Donnadieu. 

2-Entre chienne et louve

Un roman pour le moins audacieux et original qui raconte les tranches de vie d'une jeune femme, nommée Ramy, qui veut devenir comédienne de théâtre et qui, pour cela, s'inscrit à la formation des  Cours Florent. Mais celle-ci est loin d'âtre gratuite. Il lui faut donc trouver un hébergement et de quoi payer cette formation.  S'agissant de comment payer celle-ci et de trouver de quoi vivre, elle travaille dans un club de strip-tease, où elle monnaie son corps comme le  ferait  une prostituée.  En ce qui concerne l'hébergement, elle est accueillie par une très vieille femme, Odette, qui souffre de solitude. Et c'est ainsi que peu à peu, avec des hauts et des bas,  une relation se noue entre ces deux personnes.                     

Le récit est ainsi tissé et déroulé entre deux thématiques qui souvent interfèrent. D'une part celle de la danse et du théâtre, qui est comme une drogue pour Ramy, et d'autre part le relationnel entre celle-ci et Odette. Ce à quoi s'ajoutent quelques autres personnages , notamment le dénommé Jean avec lequel Ramy noue une passion aussi forte que fragile.

Qu'il s'agisse de l'originalité de ce récit, notamment en ce qui concerne les multiples dimensions, tant techniques qu'émotionnels, de la formation au Cours Florent, et de l'utilisation d'une langue qui colle à la vie réelle, non sans crudité parfois, ce roman est remarquable et va nourrir mon envie d'acheter tous les autres romans de Joffrine Donnadieu?                                 


63ème Réunion du Square du 11 décembre 2025 : "Les fleuves du ciel" d'Elif Shafak


PREAMBULE

Je tiens à remercier chaleureusement Jean-Paul pour le travail admirable qu'il a effectué pour préparer sa présentation et nous restituer son intérêt pour ce livre ; travail dont vous pourrez juger de la qualité dans les lignes qui suivent.

Chacun pourra percevoir la richesse de "Les fleuves du ciel" qui fait voyager le lecteur dans l'espace et dans le temps. 

Jean-Paul a mis l'accent sur des questions d'ordre ethnologiques (sa matière) et historiques ; elles complètent parfaitement le contexte du livre et qui contenteront tous ceux qui souhaitent aller plus loin dans la connaissance des cultures mésopotamiennes, véritables creusets de notre culture.

J'encourage tout un chacun à découvrir (si ce n'est déjà fait) l'épopée de Gilgamesh, les mythes et la cosmogonie fantastique qu'elle recèle.

Cette 63ème réunion s'est caractérisée par des échanges vifs et parfois emportés qui ne sont pas habituels au Square. Je crois que, tout en échangeant des opinions divergentes (le sel du débat), il convient de tenter d'équilibrer nos critiques en recherchant, dans chacun des livres que nous sélectionnons, la part formidable (il y en a toujours) qui fait, comme me l'a soufflé Marie-Odile, que l'on sort différent après sa lecture.

C'est un exercice que, pour ma part, je reconnais ne pas avoir suffisamment pratiqué ; mais il n'est jamais trop tard !

Je laisse la "parole" à Jean-Paul qui a invité chacun des participants à consulter la recension qu'Alain à écrite dans son fameux et remarquable blog : 

ça va mieux en l'écrivant !... - ... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !  

et avec lequel il est en parfait accord.

Elif Shafak est née le 25 octobre 1971 à Strasbourg (Elif Bilgin de son nom de naissance). 

Elle est la fille du psychologue turc, Nuri Bilgin (1948-2015) et de l’influente auteure et traductrice turque, Pinar Kür (1943-2025), dont aucun des livres ne semble traduit en français. 

Quand ses parents divorcent, elle retourne vivre à Ankara avec sa mère et sa grand-mère, puis passe son adolescence à Madrid, en Jordanie et en Allemagne. 

A 18 ans, elle prend un nom de plume, ajoutant le prénom de sa mère (Shafak = aube, lever du jour) au sien.

Elle se marie en 2005 avec Eyüp Can, ex-rédacteur de la revue Radikal. Ils ont une fille, née en 2006.

Elle obtient un Doctorat en Sciences Politiques de la Middle East Technical University d'Ankara.

Elle a publié une bonne vingtaine de romans depuis 1998. Elle écrit en turc et en anglais. Dès 1998, avec son premier roman, Pinhan, elle reçoit le Prix Rumi, sorte de Goncourt turc. D'une manière générale, son travail d'écriture est très bien reçu par les turcs.

Elle publie en 2004 son premier roman en anglais, The Saint on Incipient Insanities. En 2006, sort le deuxième roman en anglais, Le Bâtard d’Istanbul, qui traite du génocide arménien.  Succès de librairie en Turquie, mais sujet politiquement tabou, Elif Shafak préfère s’exiler en Angleterre.

Elle vit en Angleterre depuis 2013. 

Bibliographie des livres d’E.S. par ordre chronologique de parution originale :

Paru     titre orig.                                                                                    trad.fr.

1997    Kem Gözetlek                                                                     (peu surveillé, peu protégé)

1998    Pinhan                                                                                       (secret, clandestine)

1999    Serhin Aynalari                                                                       (les miroirs du spectacle)

2000    Mahrem                          (GB) The Gaze                             Crime d’Honneur

2002    Bit Palas                          (GB) The Flea Palace               Bonbon Palace

2004    The Saint of Incipient Insanities                                    Ce Pays Qui n’Existe Plus

2005    Med-Cezir                                                                                 (flux et reflux)

2006    The Gaze                                                                                    Crime d’Honneur

2006    The Bastard of Istanbul                                                      La Bâtarde d’Istanbul

2006    Baba ve Piç                    (GB) The Bastard of Istanbul                                                           .

2007    Siya Süt                           (GB) Black Milk                           Lait Noir (autobiog.) 

2009    The Forty Rules of Love                                                      Soufi, mon amour

2009    Ask                                    (GB) The 40 Rules of Love     Soufi, mon Amour                                  

2011    Iskender                                                                                     (Doner kebab)

2012    Honour                                                                                      

2013    Ustam ve Ben                                                                        (L’Architecte du Sultan)

2014    The Architect’s Apprentice                                               L’Architecte du Sultan

2016    Three Daughters of Eve                                                      Trois Filles d’Eve

2019    10 Minutes 38 Seconds in this strange world         10 m 38 s dans ce monde étrange

2020    How to Stay Sane in an Age of Division                      (comment garder son calme à                                                                                                                 l’âge de la division) 

2021    The Island of Missing Trees                                              L’Île aux Arbres Disparus

2023    There Are Rivers in the Sky                                                Les Fleuves du Ciel

Petite histoire de la littérature turque

3 figures contemporaines :

- Yasar Kemal (1923-2015)  années 50s,  Village novel  (réalisme social):  par ex. Mémed le Mince

- Orhan Pamuk (1952-xxxx)  Prix Nobel 2006,

Elif Shafak (1971-xxxx)

Littérature turque = ensemble de textes oraux ou écrits en Turc Ottoman ou en Turc contemporain.

1ers textes oraux, remontent au 7ème s. en Mongolie.

Au 11ème s., les Turcs arrivent en Anatolie

Pdt la période ottomane (1299-1922), les textes empruntent bcp au Perse et à l’Arabe ; la poésie domine ; la prose d’alors est centrée sur tout autre chose que la fiction, récit de voyages, biographies, récits historiques, etc.).  Littérature orale et littérature écrite restent bien séparées. 

Divan = un style d’écriture poétique fortement influencée par le Persan et l’Arabe             

Tanzimat (1839-1876) = effort modernisateur dans  l’empire Ottoman ; émergence de la prose fictionnelle

Guerre de Crimée (1853-1856) : alliance Turquie  - France/Angleterre, d’où une grande influence, en particulier avec l’Art pour l’Art de Théophile Gautier & émergence du nationalisme et réalisme social

Période de transition (1880-1920)

République turque (1923 ...)

Le changement est radical avec Mustafa Kemal qui veut moderniser et donc occidentaliser la Turquie.  La littérature française est à la mode.  Kemal reçoit Loti et Farrère.  A cette modernisation, 1928 donnera un coup d’accélérateur avec la création et la dissémination d'une version modifiés de l'alphabet latin pour remplacer l'écriture arabe dont se servait les Ottomans.

Tampinar (1901-1962), avant tout un poète, il documente dans sa prose les conflits entre Est et Ouest dans la société et la culture moderne turque.

Yasar Kemal (1923-2015), et le réalisme social du « roman de Village »

Adalet Agaoglu (1929-2020), modernisme avec une trilogie qui documente les changements intervenus en Turquie entre les années 30s et les années 80s.

Orhan Pamuk (1952-…) représente post-modernisme et réalisme magique

Elif Shafak fait figure de dernière vague qui doit faire face au régime Erdogan (1954-….)  au pouvoir depuis 2014.

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Le livre même :  Les fleuves du ciel (There Are Rivers in the Sky) 1924

-Exergues divers

I: Goutte de pluie

(cunéiforme:) Au bord du Tigre, dans l’ancien temps

(Assurbanipal à Ninive et « la goutte d’eau reste tapie dans les cheveux du roi…. Même avec le passage des siècles, une trace de cet instant restera ancrée dans sa forme élémentale. »)

H2O

(« cette molécule est incurvée, non linéaire. …  Trois personnages  se joignent à travers les frontières de l’espace et du temps, et ensemble, ils composent cette histoire »)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1840

 (Arthur Smyth, roi des Egouts et des Taudis, né à Chelsea, fils d’Arabella « est doté d’une mémoire extraordinaire – visuelle, verbale et sensorielle »)

H- Naryn : Au bord du tigre, 2014

(Noryn est orpheline de mère et élevée par sa grand-mère Besma ; elles sont Yézidis et chassées sans ménagement de la vallée de Ladesh en raison de la construction d’un barrage. « Hasankeyf sera bientôt inondée à cause du nouveau barrage… Un jour, bientôt, son audition disparaîtra aussi – avec la terre qu’elle connaît depuis toujours comme sa demeure »)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1852

 (Arthur fréquente ‘l’école déguenillée pour les garçons’ et la quitte, suie à une bastonnade injuste au cours de laquelle il aperçoit le livre de Austen Henry Layard, Les Ruines de Ninive, puis assiste à l’entrée au British Museum de lamassus découverts à Ninive. Il rencontre par hasard le Dr. Samuel Birch, conservateur des Antiquités Orientales.  Les lamassus sont en exil perpétuel. « Créatures du fleuve tentant de s’habituer à la terre sèche, perdues dans cette cité écrasante, comme lui-même l’a été toute sa vie »)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

 (Dr. Zaleekhah Clarke, hydrologue, se sépare de son mari, et vient vivre sur une péniche, prépare son suicide par noyade.  « Le plus dur sera ses oncle et tante, le couple qui l’a élevée, et leur fille, Helen, qui a toujours été comme une sœur pour elle…. A la différence de son homonyme, la Zuleika du Coran, elle n’est pas, n’a jamais été, du genre à s’affirmer….  Tout ce qu’elle veut, là tout de suite, c’est battre en retraite : un aveu silencieux de défaite de la part d’une personne qui s’est épuisée à tenter de survivre – moins un départ qu’un retour chez soi, un retour à l’eau »)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1853

(Arthur a 13 ans ; il est embauché chez les éditeurs Bradbury & Evans qui ont publié Les Ruines de Ninive.  Tous se posent des questions sur les lamassus, taureaux ailés et sur  Yézidis, adorateurs du diable.)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(Grandma Besma, découvreuse de sources, raconte une fois de plus à Naryn la genèse du monde version Yézidi.   L’eau du barrage va tout recouvrir, y compris la tombe d’un Anglais)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1853-1854

(Arthur est titularisé chez Bradbury & Evans ; il lit de plus en plus, en particulier la nouvelle édition des Ruines de Ninive. « Il dessine des palais grandioses au-delà du possible, des jardins aux fontaines parfumées, et par-dessus tout, le Tigre.  Le fleuve dans son imagination n’est ni sale ni pollué comme la Tamise, c’est un paradis liquide, d’un bleu lumineux dont les eaux glissent à travers canaux et aqueducs »)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

(Zaleekhah vient dîner chez l’oncle Malek, et qui est en train de lire Ruines de Ninive. L’oncle n’aime pas le poisson sauf la carpe grillée, le masgouf,  de son enfance)

va-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1854

(Visite d’Arthur au Crystal Palace ; mort de M. Bradbury)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(Visite des cousins émigrés en Allemagne ; l’anglais du cimetière est identifié :  c’est « Roi Arthur des Egouts et des Taudis / Né au bord de la Tamise 1840 / Mort au bord du Tigre 1876 ». Sa tombe est à côté de celle de Leila, grand-mère de la grand-mère ; discussion sur le jihadisme)

II : Mystères d’eau

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1854

 (épidémie de choléra et mort d’un des deux jumeaux)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

(Zaleekhah emprunte Les Ruines de Ninive à Oncle Malek avant de rentrer en taxi sur sa péniche)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1856

 (Charles Dickens rend visite à l’imprimerie et offre les vêtements qui permettront à Arthur de rentrer sans honte au British Museum)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(« Les histoires de Grandma ont souvent trait à l’eau – qui jaillit, qui cherche.  Tout comme deux gouttes d’eau se rejoignent sur une vitre, dit-elle, dessinant lentement et fermement leur chemin, un fil invisible relie ceux qui sont destinés à se rencontrer »)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1857

 (Arthur déchiffre les tablettes cunéiformes et se voit offrir un job au British Museum)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

  (défunt Prof. Berenberg, et la mémoire aquatique, ex-mentor de Zaleekhah ; son mari en est jaloux.  « Elles sont toutes là.  Les rivières perdues du temps, hors de la vue et hors de l’esprit mais remarquables par leur absence, comme les membres fantômes qui gardent la faculté de faire souffrir. »)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1857-1858

(Arthur démissionne de l’imprimerie, et est titularisé au British Museum ; il découvre et traduit l’Epopée de Gilgamesh. « Je souhaite devenir pareil à la Tamise.  Je veux me consacrer à ce qui a été mis au rebut,  endommagé et oublié. »)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(Les Yazidis ont survécu au 2ème déluge grâce à Mère Pira-Fat.  Arrière-arrière-grand-mère Faqra Leila a renoncé à prédire l’avenir après avoir vu qqch à Ninive.)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1871

 (1870, mort de Dickens ; Gilgamesh est plus ancien que la Bible ; conférence à la Société d’archéologie Biblique en présence de Gladstone)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

 (Cousine Helen tient une galerie à côté du British Museum ; Zaleekah trouve le salon de tatouage des gesn dont elle loue la péniche. Nen tatoue en cunéiformes et écrit ainsi le nom de Zaleekhah)

III : Fleuves Fébriles

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1871-1872

(Arthur rencontre et fréquente Mabel ; il rend visiteà sa mère à l’asile avant de partir pour Ninive).

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(Grandma et Naryn vont partir vers Mossul ; Grandma continue à enseigner le traditions Yazidi à Naryn)

-O- Arthur : En route vers le Tigre, 1872

(Arthur passe par Paris, embarque et fait escale à Constantinople. « Il ne peut pas le savoir, mais la saline bienvenue qui l’accueille à Constantinople par cette après-midi de 1872 et le flocon qui a fondu dans la bouche du nouveau-né à Londres en 1840 sont une seule et même goutte d’eau. »)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

(Nen rend visite à Zaleekhah sur sa péniche qui invite Nen à venir dîner chez l’oncle Malek)

-O- Arthur : en route vers le Tigre, 1872

(Arthur marque le pas à Constantinople et attend le firman pour en partir.  Visite du grand bazar et aide à un vieux Yézidi)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

 (Naryn et famille arrivent à Mossul, à Zerâv aka Eaux dorées, lieu de naissance de l’arrière-arrière-grand-mère Leila qui avait reçu en cadeau d’Arthur un qanoun qui a besoin d’être réparé)

-O- Arthur : En route vers le Tigre, 1872

(Arthur au bordel ; qanoun = un instrument plat en bois muni de cordes horizontales ; le mot = règle, principe de vie ; l’incendie dévaste Pera et Arthur garde le qanoun ; le firman est arrivé ; Arthur apprend la mort de sa mère)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

(Zaleekhah tergiverse avant d’aller  à son dîner d’anniversaire chez l’Oncle Malek )

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872

(Arthur force une halte à Zêrav qui « est habité par des adorateurs du diable »)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(découverte d’un corps flottant sur le Tigre ;  « le Tigre est devenu une nécropole flottante »).

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872

 (Arthur est reçu par le Cheikh de Zêrav qui introduit sa fille Leila et son fils puîné Dishan.  Arthur commence ses fouilles.)

 IV : Mémoires d’eau

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

  (Repas d’anniversaire pour Zaleekhah chez Oncle et Tante Malek.  Oncle Malek boit bcp mais ne parvient pas à embarrasser Nen qui offre un lapis lazuli à Zaleekhah.)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872

 (Arthur fouille sans relâche ; « le soir, las et assoiffé, il retourne au village yézidi » ; « Les sons se confondent si intimement qu’il /Arthur/ pourrait presque croire qu’elle /Leila / est elle-même faite d’eau courante ».)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

 (Massacre par Daesh des Yézidis dont les puits ont été empoisonnés et les arbres brûlés ; ils s’enfuient vers le mont Sinjar, comme Noé)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872

 (terribles prémonitions de Leila sur les massacres de Yézidis)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

 (la fille de la cousine Helen  a besoin d’une greffe de rein ;  Nen et Zaleekhah se retrouvent au British Museum ;  Nen est souple et diverse comme la Mésopotamie ; Zaleekhah décide de changer de vie et se fait tatouer par Nen « à la jonction de la main gauche et de l’avant-bras » : « Trois marques à l’encre bleue, la couleur du lapis-lazuli. Le signe de l’eau ».)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1872

(« Ma /Leila/ sœur du  monde prochain vit sur les hauteurs du Tigre, près de Castrum Kefa.  Nous en plaisantons toujours, celle qui mourra la première se transformera en goutte d’eau, et ainsi elle pourra facilement couler vers l’autre. »

Arthur trouve la tablette manquant sur le déluge dans Gilgamesh.

Arthur est amoureux de Leila. « Elle l’embrasse sur la joue – une caresse si spontanée qu’elle ne donne pas l’impression de peau contre peau mais plutôt de deux gouttes d’eau qui trouvent le chemin l’une vers l’autre. »)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

(Grandma et les Yézidis sans eau, massacrés par Daesch ; Grandma trouve une source mais tombe dans un piège Daesch ; Naryn l’a suivie.

: Déluge

-O- Arthur : Au bord de la Tamise, 1872

 (mariage d’Arthur et de Mabel qui ne sont pas du tout fait l’un pour l’autre)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

 (Zaleekhah tombe dans les bras de Nen ;  évocation de la mort des parents noyés de Zaleekhah ;  « écrire,  c’est se libérer des contraintes de l’espace et du temps. Si la parole orale est une ruse des dieux, la parole écrite est le triomphe des humains ».)

-O- Arthur : Au bord de la Tamise / du Tigre, 1876

 (Arthur, père de jumeaux, retourne à Ninive mais les Yézidis de Zêrav ont tous été massacrés.  Arthur déprime)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

 (Maintenant séparée de Grandma Besma, Naryn, 9 ans,  est emmenée à Mossul, protégée par Salma et choisie pour le Commandant Daesch)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1876

 (« La Mésopotamie est faite d’histoires d’eau. Partout sur ses terres alluviales, les contes les plus anciens sont dédiés aux torrents, aux orages et aux inondations. Le nom sumérien de l’eau, a – tout comme le mot kurde aw --, signifie aussi conception, sperme, conception ».    « Ainsi, à la mi-août 1876, Arthur roi des Egouts et des Taudis se met en route vers les hauteurs du Tigre.  Dans sa sacoche il transporte une gourde d’eau, un sac de dattes, un carnet relié en cuir, et une tablette en lapis-lazuli dédiée à une déesse oubliée.  Il dit adieu pour la seconde et dernière fois à sa bien-aimée Ninive, abandonnant une part de lui-même sur une colline où se cachent les trésors du palais d’Assurbanipal  et les restes humains d’un génocide oublié. »)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

  (visite d’Oncle Malek sur la péniche où il découvre Nen)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1876

  (épidémie de choléra ; Arthur agonise ; un voleur s’empare de la tablette en lapis-lazuli)

H- Naryn : Au bord du Tigre, 2014

 (Naryn sait lire les tablettes mais refuse de lire pour Daesch)

-O- Arthur : Au bord du Tigre, 1876

 (mort d’Arthur ; Leila est là qui le retrouve)

-H Zaleekhah : Au bord de la Tamise, 2018

  (Zaleekhah comprend le trafic de rein fait par Tante Malek qui troque un rein de Naryn pour sauver la fille de Helen)

-H20- Naryn, Zaleekhah, Arthur : Au bord du Tigre, 2018

 (Zaleekhah et Nen rachètent Naryn et veulent l’emmener à Londres ; Hasankeyf --  et donc la tombe d’Arthur – est noyé sous les eaux du barrage)      (« Si seulement nous pouvions voir le monde par les yeux d’un bébé, emplid d’innocent émerveillement, nous contemplerions les fleuves du ciel.  Fleuves puissants qui jamais ne cessent de couler ».)

Le Voyage d’une Goutte d’Eau

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Les Yézidis :

Ethniquement :  ce sont des Kurdes (tous les Yézidis sont Kurdes, mais tous les Kurdes ne sont pas des Yézidis)

Géographiquement :  A cheval  sur nombre de pays du Moyen-Orient, une petite minorité vit en Turquie, dans le sud-est anatolien

Linguistiquement :  Les Yézidis ne parlent ni l’arabe (chamito-sémitique) ni le Turc (ouralo-altaïque) mais le Kurmandji, qui est un dialecte Kurde, lequel fait partie des langues iraniennes occidentales (indo-européen).

Socialement :

Les Yézidis ont des castes et clans endogames.  Approche difficile : ils ont tout de même raison d’être méfiants. 

Au sommet de la pyramide, le Mir ou Prince.  Juste en-dessous de lui, le Baba Sheikh ou, comme le nom l’indique, Pape yézidi.  Les Faqirs, les Qewels, et les Kocheks sont des serviteurs religieux qui servent le Pape yézidi.  Toutes ces positions religieuses sont occupées par des membres de 2 des 3 castes yézidies principales.  La majorité des Yézidis font partie de la caste des Murides.  Les castes sont censées être strictement endogames. 

Religieusement : 

Le Yézidisme et le Zoroastrisme ont des origines communes.

Le Yézidisme est un monothéisme syncrétique  qui existe depuis plus de 7,000 ans.  Influence du soufisme, du zoroastrisme, du judaïsme et du christianisme.                                      Adam est certes le premier homme, mais a engendré sans Eve un fils – Shehid bin Jer --dont les Yézidis descendent.                                                                                                                                                                 Le monde a été créé par Xwede qui s’est désintéressé de sa création et en a confié la gestion à 7 anges sous la direction de l’archange Malek Taûs, le Roi Paon, (Paon = Soleil).  On se tourne vers le soleil pour les invocations de cette figure bienveillante qui a été par erreur confondue par des Musulmans avec Lucifer, d’où la caractérisation des Yésidis comme Adorateurs du Diable et leur persécution.

Historiquement :

               Pour les Turcs comme pour les Arabes, la religion Yézidie relève du passé ; ses pratiquants sont des ruraux arriérés.  Pour les fondamentalistes, ils sont à éliminer, ce à quoi s’est employé Daech entre 2014 et 2018, accusant les Yézidis d’être des « adorateurs du diable ».

               Le nom « yezidi » viendrait du proto-iranien « yazatah »                              et on retrouve les lettres YZD inscrites sur une tablette cunéiforme qui attesterait de l’ancienneté de cette croyance, mais il n’y a pas de système d’écriture propre aux Yézidis.

               Entre les 9ème  et 8ème s. av. J-C, les Mèdes (tribus iraniennes) s’installent au Kurdistan actuel ; ils pratiquent le yézidisme,

               A partir du 6ème s. av J-C, les Mèdes deviennent en majorité zoroastriens, mais pas tous.  Aujourd’hui, le yézidisme est une survivance de la religion originale des Mèdes, mais très transformée par adstrats d’éléments exogènes.  Yézidisme et zoroastrisme ont une origine commune mais ne dérivent pas l’un de l’autre.

               Une majorité de Kurdes va se convertir à l’Islam sunnite, masi pas tous.

               Le yézidisme est une tradition orale, donc les Yézidis ne sont pas des « gens du livre », ce qui va aggraver leur cas.   Les Yézidis se heurtent donc à des conflits intra-kurdes et aux fondamentalistes islamistes.  Les yézidis ont aussi affrontés les Turcs, ce qui complique leur situation.

               Les Yézidis sont monothéistes.  Xwede est le Créateur mais s’étant désintéressé de sa création, il n’est pas le conservateur fu monde.   Il a aussi créé 7 anges gestionnaires :  le 1er jour, un dimanche, il a créé Azraïl, plus connu sous le nom de Malek Tawûs, émanation et serviteur de Xwede. Ils dirigent les autres ; c’est un archange.  C’est l’Ange-Paon.  Le Paon est le symbole du soleil, et les Yézidis prient en se tournant vers le Soleil Levant qu’Ils révérent comme créature de Dieu et non comme divinité en soi.  

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samedi 18 octobre 2025

62ème Réunion du Square du Jeudi 9 octobre 2025 Les Coups de Coeur !

Chantal : 









Marie-Odile : 














Lorraine :
"Les guerriers de l'hiver" d'Olivier Norek
"Le conformiste" de Moravia














Alain :
"La maison vide" de Laurent Mauvignier 

Catherine :















"My absolute darling" de Gabriel Tallent

Bernard :

















"Mort à la Fenice" de Donna Leone

Michel Espagnon :

















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Jean-Bernard :
















et un "bonus" tout en bas : un commentaire de Jean-Bernard sur ce roman.











Monique :















François :
















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François nous conseille, du même auteur, aux Editions Esquif :
"Broadway" et "Fort Alamo"
et d'Aurélie Champagne, toujours chez Esquif : "Mona"










Claude :















"bonus" : un commentaire de Jean-Bernard sur le dernier Natacha Appanah : "La nuit au coeur".

 Le dernier livre de Nathacha Appanah, intitulé La nuit au cœur, déroule le parcours de trois femmes menacées de féminicide par un homme, qu'il soit leur mari ou leur compagnon, avec lequel elle vivent.                                                                

Deux d'entre elles seront assassinées, l'une brûlée vive et l'autre écrasée par une voiture. La troisième, qui est la narratrice de ce récit, échappera à la mort. C'est Nathacha Appanah. Ainsi cet ouvrage n'est pas une pure fiction, mais est fondé sur des histoires vraies.

     La narratrice, qui s'exprime en "je", bouleversée par ces trois faits divers, donc y compris le sien, les raconte dans leurs multiples dimensions. D'une part, par le biais d'enquêtes longues et minutieuses. D'autre part, en se glissant dans les souvenirs, les réflexions, les sentiments, les émotions de ces trois personnes, y compris elle-même. Et, en temps que de besoin, en leur donnant corps avec l'aide de son imagination.

     Ainsi l'ouvrage est fondé sur un mix de réel, notamment pour elle mais pas exclusivement, et d'imaginaire. Ce qui le différencie de ces biopics tellement à la mode aujourd'hui dans la création littéraire, réseaux sociaux aidant.

     Pour conclure, ce livre est remarquable à double titre. A le lire on est en effet emporté par ce qu'on vécu et enduré ces femmes, y compris Nathacha Appanah. D'où le flot des émotions que ces récits lèvent chez le lecteur. Ce à quoi s'ajoute l'outil narratif utilisé et parfaitement maitrisé, à savoir le maillage remarquable entre réalité et imaginaire pour construire une histoire.

Quelques citations qui vont dans ce sens.                                                     

" Dans cette pièce imaginaire, qui n'existe que dans ma tête, je peux maitriser le récit." 

 " Il y a l'impossibilité de la vérité entière à chaque page, mais la quête désespérée d'une justesse au plus près de la vie."   

 " J'écris comme on comble un trou, j'écris comme on crée un lien."                          

" La mémoire est un choix, la mémoire est un fantôme patient." 

62ème Réunion du Square du Jeudi 9 octobre 2025 "La leçon d'allemand" de Siegfried Lenz

 Prochaine réunion : 

le jeudi 11 décembre, même lieu, même heure


Présentation de "La leçon d'allemand : Bernard Mongin

suivi par le lien avec le blog d'Alain Schmoll


INTRODUCTION

Cette lecture commence mal puisque la page de garde du livre en traduction française est complètement erronée :

-Siggi Jepsen n’est pas emprisonné pour avoir rendu copie blanche à l’occasion d’une épreuve de rédaction. C’est à la fin du livre que l’on apprend les raisons pour lesquelles Siggi a été placé en maison de correction (c’est parce qu’il a volé des œuvres d’art qu’il est en maison de correction) ;

-De même la leçon d’allemand n’est pas un livre dénonçant l’antisémitisme : le peintre est frappé d’une interdiction de peindre non pas parce qu’il est juif mais parce qu’il pratique un « art dégénéré ».

La leçon d’allemand est une méditation sur la culpabilité de tout un peuple. Ce fut en 1968 un énorme succès. C’était l’un des premiers romans qui traitait de la période nazie. Il montre les conséquences fatales d’une obéissance aveugle et du sentiment du devoir exercé sans réfléchir.

Ce qui frappe immédiatement, c’est cette absence de fantaisie, d’humour, d’ironie.

Du coup, qu’est ce qui rend intéressant ce livre ?

Deux choses

-Le refus du discours moral

-Lenz veut comprendre ses personnages. Il ne veut pas les défendre ou les condamner. Lenz relève que le père et le peintre sont originaires du même village, Glüserup, ont 8 ans d’écart d’âge, ont été très liés enfants. Le peintre a un jour sauvé le père de la noyade. Il ne dénonce pas le caractère monstrueux de l’attitude du père qui exécute son ordre aveuglément.

-Chez le père : il explique l’obéissance aveugle du père de Siggi par la bonne conscience. Qu’est-ce que la bonne conscience ? (p. 564 : j’interroge leur bonne conscience ; p. 130 : celui qui fait son devoir n’a pas de souci à se faire).

Ainsi, il met en lumière les limites de l’impératif catégorique kantien et de l’éthique du devoir (fais en sorte que la maxime de ton action soit une maxime universelle[1]). Le troisième Reich exaltait le principe de l’impératif catégorique et l’a dévoyé. L’impératif catégorique suppose l’autonomie du sujet pensant. Au contraire, les nazis prônent l’absence de pensée libre et l’obéissance aveugle ; Jepsen, le père, persécute le peintre te va jusqu’à détruire certaines de ses œuvres ;

-Il montre la position tout aussi excessive du peintre : « puisque tu crois qu’il faut faire son devoir, je vais te dire le contraire : il faut faire quelque chose contre son devoir. Le devoir, je tiens cela pour de la prétention aveugle. On fait inévitablement des choses qu’il n’exige pas », p. 213 ;

-Siggi se crée le devoir de défendre le peintre qui le conduit aux excès du collectionneur enflammé qui vole les œuvres d’art et les cache de peur qu’elles ne soient détruites ;

-Siegfried Lenz ne parvient pas tout à fait à les comprendre, ni l’un ni l’autre ; qu’est-ce que la bonne conscience ?

-Il me semble qu’il y a cette idée que personne n’est innocent, que toute le monde doit se sentir concerné ;

-Les joies du devoir ne font que des victimes du devoir.

-Un artifice d’écriture

Consistant à incorporer des dialogues sans ponctuation préalable dans le récit descriptif ;

Il mêle le passé et le présent si bien que lorsque quelqu’un frappe à la porte de sa chambre, on se sait jamais si c’est son père qui vient le rappeler à l’ordre ou le gardien du pavillon  disciplinaire dans lequel il écrit ses souvenirs. 

L’AUTEUR

-Né le 17 mars 1926 en Prusse orientale ;

-Suite au décès prématuré du père est élevé par sa grand-mère ;

-Incorporé dans la Marine en 1943, il déserte et se retrouve dans une prison anglaise au DK ;

-Après sa libération il étudie la philosophie et la littérature à Hambourg ;

-A partir de 1978, il écrit des nouvelles et des article. Son premier roman paraît en 1951 ; auteur de 14 romans et de nombreuses nouvelles ;

-Il refuse la croix de l’ordre du mérite allemand parce que trop de nazis en ont bénéficié ;

-Décédé en 2014, il vivait à Hambourg et sur une île danoise ;

 

-Membre du Gruppe 47 qui comptait Günter Grass et Heinrich Böll, dont le but était de réinventer la langue allemande après 1945. La langue allemande n’avait plus légitimité à exister et le Gruppe 47 a entrepris de la réinventer, notamment par un parti pris de de sobriété. On ne fait pas parler les gens (ils ont dit trop d’horreur). On décrit les objets ;

Il a soutenu la Ostpolitik de Willy Brandt.

ANALYSE

-Profonde méditation sur la culpabilisation de tout un peuple.

-Déclaration d’amour à un pays d’eau, de ciel et de vent. Paysage mélancolique de la mer du Nord. Paysage lugubre : étendues plates à perte de vue. Malgré ce caractère lugubre, une grande beauté s’en dégage, faite de couleurs en perpétuel changement avec des lumières uniques qu’on ne voit nulle part ailleurs.

-Paysage qui suscite à la fois l’évasion et l’enfermement. : l’univers carcéral et les plans de mouettes. Les paysages nus de la Baltique contrastent avec les paysages boisés et romantiques des nazis.

-Eloge de la lenteur

-les mots « nazi »»i ou « Hitler » n’apparaissent jamais dans le livre.

-Voir le rapprochement possible avec Antigone et la femme révoltée : le refus de la soumission met en cause l’organisation sociale. Voir la figure de la femme révoltée contre sa famille pour faire respecter les lois divines à l’égard de son frère Polynice qui a le droit d’être enterré selon les lois éternelles.

LIENS AVEC D’AUTRES LIVRES

-Le temps des Loups Harald Jäner

-le dernier bateau Siegfried Lenz. Longue nouvelle.

-Une minute de silence, Siegfried Lenz

RESUME DETAILLE

RESUME

L’action se passe en 1954. Dans une île au large de Hambourg, Siggi Jepsen est incarcéré dans un centre de détention pour jeunes délinquants. Siggi est un diminutif proche du prénom de l’auteur.

A l’issue de la dernière leçon d’allemand, il a rendu une copie blanche alors qu’il devait rédiger une composition sur les « joies du devoir ». Ce n’est pas parce qu’il n’a rien à dire mais parce qu’il a trop à dire.

Assailli par une masse d’évocations, Siggi ne peut rien écrire. De son isolement imposé par la punition, il fera son refuge pour tout écrire.

En quête des joies du devoir, à qui d’autre pouvait-il songer sinon à son père, Jens Ole Jepsen ?

Il tire le passé de son sommeil et se met à écrire sans relâche et il lui faudra un an pour mettre en ordre ses souvenirs d’enfance et se remémorer la manière dont son père exerçait son pouvoir. Les joies du devoir c’est toute l’histoire de sa famille.

Siggi revient à ce jour de 1943 lorsque son père, alors officier de police de Rugbüll à la frontière danoise, dut apporter à son ancien ami le peintre Max Ludwig Nansen considéré comme dégénéré par le régime une lettre lui stipulant l’interdiction formelle de peindre.

Au fil de sa confession, Siggi va tenter de comprendre pourquoi son père s’est acharné et comment lui a résisté à l’attitude de son père.

Siggi ne peut interrompre son exercice de rédaction car s’il ne va pas jusqu’au bout, il n’aura pas pu exprimer ce que les joies du devoir évoquent pour lui.

Il est soumis à l’isolement et est obligé de se livrer à cet exercice qui lui avait paru insurmontable.

Pour aborder ce thème, il revient en arrière.

Pendant la seconde guerre mondiale son père, le brigadier Jens Ole Jepsen, responsable du poste avancé de Rugbüll, le dernier poste de police à l’extrême nord su Schleswig Holstein applique scrupuleusement les consignes qui lui viennent de sa hiérarchie.

Ainsi, on lui demande de de transmettre au peintre Max Ludwig Nansen qu’il a jadis sauvé de la noyade. Il n’applique pas des mesures antisémites (Max Ludwig n’est pas juif). Il applique des mesures qui combattent l’art dégénéré. Le chef de la police éprouve une joie profonde à appliquer toutes les règles qui relèvent de son devoir.

Le roman oppose le père du narrateur qui a pour seule raison de vivre, appliquer les ordres et  le peintre qui ne vit que pour la peinture.

On découvre

-La vie qu’il menait à Rügbull ;

-Sa proximité avec le peintre Max, leur voisin ;

-Max : probablement inspiré de Emil Nolde, peintre expressionniste, d’abord porté aux nues par les nazis puis condamné.

-A la fin du livre, les deux personnages se réconcilient . C’est la restauration qui correspond à la période Adenauer, lorsque les chrétiens démocrates sont au pouvoir et mettent la poussière sous le tapis.

-Siggi : le seul qui soit resté sain. Siggi moderne Antigone. Il cache dans une maison abandonnée les œuvres du peintre qu’il parvient à subtiliser , constituant un véritable musée.

-ses rapports avec son père, le très rigide brigadier, qui ne veut plus entendre parler de son fils aîné Klaas, qui s’est automutilé pour ne pas combattre ;

-sa mère : silencieuse, autoritaire et peu maternelle, voire méchante. « Parfois je pense que Max devrait se réjouir de cette interdiction. Quand on voit le genre d’humanité qu’il peint , ces visages verts, ces yeux mongols, ces corps difformes, toutes ces choses qui viennent d’ailleurs, o sent qu’il est malade. Un visage allemand on n’en rencontre pas chez lui ».

-Souligner la force des personnages qui s’entredévorent.

-La guerre est finie, chacun reprend son poste, son rôle, sa vie. La tragédie a frappé mais l’ordre est revenu face à l’indifférence de la mer.

Chapitres 1-4

A la fin de l’heure, il rend copie blanche. En punition, il est enfermé dans une cellule qu’il ne pourra quitter que lorsque son mémoire sera terminé.

Siggi commence à écrire ses souvenirs.

En 1943, alors que Siggi a 10 ans, son père notifie au peintre Max Ludwig Nansen une interdiction de peindre décidée par les Nazis. Jepsen et Nansen se connaissent déjà et Siggi a l’habitude de rendre visite au peintre.

Un jour, Jepsen reçoit un télégramme enjoignant de saisir tous les tableaux de Nansen. Nansen est furieux mais pour le policier, il est évident que l’ordre doit être exécuté.

-Le rôle du vent (p. 26).

Chapitre 5-8

Un matin, Siggi est réveillé par son frère Klaas qui a jeté du sable à sa fenêtre. Klaas s’est mutilé pour échapper au service militaire. Il est conduit à l’hôpital. Pour la famille, Klaas est une honte car il a renoncé à servir dans l’armée. Personne n’a le droit de lui parler. Il a pris la fuite de l’hôpital et recherche un refuge. Siggi lui indique un vieux moulin où il peut séjourner temporairement. Bientôt trois personnes font irruption chez les Jepsen à la recherche de Klaas. Klaas demande à Siggi de le conduire chez Nansen pour qu’il s’y cache. Nansen accepte de l’accueillir. Il ne respecte pas l’interdiction de peindre et continue à peindre. Un jour il se fait surprendre par Jepsen. Jepsen soupçonne que Klaas se tient chez Nansen. La police fait une perquisition chez Nansen et ne trouve rien. Jepsen demande que le peintre donne la peinture. Nansen le déchire (zerreissen) à et donne à Jepsen les Schnipsel. A la maison, Siggi découvre les restes du tableau qu’il reconstitue et cache dans le vieux moulin.

Chapitres 9-12

Lors d’une attaque aérienne, une personne est grièvement blessée. Il apparaît qu’il s’agit de Claas. Claas est conduit chez ses parents.

Peu de temps plus tard, Nansen est entendu par la Gestapo et il confie l’une de ses œuvres à Siggi.

Chapitres 13-16

La guerre arrive à sa fin.et les blindés anglais arrivent. Jepsen appelle des hommes pour défendre le village en cas d’attaque des Anglais. Nansen est parmi eux. Le policier brûle des documents : il se fait arrêter par les Anglais.

Après la guerre, Klaas rentre chez lui traumatisé. Il va voir Nansen et commence à se reposer. Pour Jepsen, il reste le mouton noir

A la fin de la guerre, l’interdiction de peindre s’éteint. Jepsen reçoit une invitation à une réception en l’honneur de Nansen. Jepsen se glisse dans la maison du peintre et brûle plusieurs peintures. Siggi l’attrape et lui rappelle que la guerre est finie depuis longtemps si bien que l’interdiction de peindre ne s’applique plus. Pourtant Jepsen est possédé par l’idée que les images doivent être détruites.

Chapitre 17-20

Un jour, Siggi découvre que le vieux moulin qui contient des œuvres de Nansen brûle. Il essaye de sauver des œuvres mais deux hommes l’en empêchent. Siggi soupçonne que son père a mis le feu. Siggi cache l’une des œuvres en feu sous son manteau. Bien que Nansen a remarqué que l’œuvre manque, il ne dit rien à Siggi.

Pour protéger les œuvres de Nansen des agissements de Jepsen, Siggi vole de plus en plus d’œuvres, notamment dans des expositions. Il se fait arrêter. Et finit en maison de redressement. Son père le renie comme il a renié Klaas.

Dans l’établissement, Siggi écrit pendant des mois seul dans sa cellule.

A la fin, on voit que Siggi ne se réjouit pas de sa liberté retrouvée car il ne sait pas où il doit aller et ce qu’il doit commencer avec sa vie.

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-        Celui qui fait son devoir n’a pas de souci à se faire (130) ;

2 – L’interdiction de peindre

-notifiée par Jenssens

-Okko Brodersen : le facteur manchot ;-Docteur Busbek

3 – Les mouettes

Hilke la sœur – Adalbert Skowronnek

4 -L’anniversaire

-Toutes les peintures des deux dernières années doivent être confisquées. Le peintre : ce n’est pas toi qui exiges mais c’est grâce à toi qu’ils peuvent avoir de telles exigences ;

-Jens : Berlin en a décidé ainsi et cela suffit

5-Cachettes

-Son frère Klaas s’est évadé de l’hôpital prison de Hamburg suite à une mutilation volontaire

-Chambre dans le moulin ; Chambre placardée d’images de cavaliers ;

9 – Retour au bercail

-Description de Jobst : la montre indique toujours la même heure -retour de Klaas (254) ;

-L’attitude des parents changent : ils ne le renient plus

10 - Délai

-Abattage de la vache blessée ;

-Le peintre est arrêté (273) ;

-Le facteur de nuages (278) ;

11 – Peintures invisibles

-Pêche dans la vase  - Réminiscence du passé : à table avec sa mère ;

-Le père récupère les peintures invisibles et s’en moque (320) ;

12 – Sous la loupe

-Wolfgang Makkenroth – Texte de son diplôme art et délinquance : le cas Siggy Jenssen ;

-Mort de Ditte (pneumonie)  (334) ;

-Sermon du pasteur (348) ;

-Les plus belles lettres sont celles qu’on n’attend pas (355) ;

13 – La leçon de choses

-le miracle de l’apparition de la vie ;

-Eloge de la perfection de l’ordre naturel (359) ;-Palmipède fossilisé (365) ;

14 – Voir

-Réflexion sur la peinture  (406) ;

-Ne devons nous pas chercher à le rendre hospitalier ce pays ? (418) ;

-Description d’une gare avec crachoir (420) ;

-J’aimais marcher à côté de lui (428) ;

15 - La suite

-Course d’aviron sur l’Alster (432) ;

-Le carton de son frère : les lettres de Klaus (442) ;

-J’ai commencé à avoir peur de mon père à cause de cette perpétuelle bonne conscience (445) ;

-Le père le frappe : on doit faire son devoir même lorsque les temps changent : on doit rester fidèle à soi-même (446) ;

-Je ne lui dis pas à quel point je le haïssais (447) ;

-Il ne parviendrait san doute jamais à appréhender ce bout de terre e t ses habitants (457) ;

16 – La peur

-Deux enfants avaient disparu à l’aube (463) ;

-ils sont retrouvés dans une nasse (465) ;

-le sujet : l’homme que j’admire le plus (470) ;

-Le feu dans la maison (472) ;

-Siggi prend une peinture (478) ;

-Je t’ai laissé même les peintres invisibles (482) ;

17 - La maladie

-nettoyage des chaussures (484) ;

-l’apport du tableau « la danse sur les vagues » (486) ;

-il a toujours offensé ceux qu’il a peint (490) ;

-ma sœur s’installait dans son rôle de pleureuse (491) ;

-Sa collection cachée dans un moulin est détruite par le feu (506) ;

-Sa passion de collectionneur : symbole de patience  (507) ;

18 Visites

-parmi les gens rassemblés devant la galerie Schlöndorff (514) ;

-Seul Teo Bushek remarquait les moqueries dont le peintre était l’objet (520) ;

-Devant le tableau « jardins et masques » (521) ;

-Incident avec le contrôleur dans le train (524) ;

-Visite chez Klaas (526) ;

-Hansi lui décoche un coup de genou dans le ventre (534) ;

19 L’île

-Le centre d’accueil de la prison (539) ;

-J’ai mis en lieu sûr des tableaux sur lesquels mon vieux voulait mettre la main. Les psychologues dressent l’oreille (549) ;

-Tous ceux qui prétendent faire leur devoir finissent par avoir un tic (548) ;

-Ca a commencé après l’incendie du moulin : toutes mes affaires étaient cachées dans un moulin, toutes ont disparu (549) ;

-Je suis à la place de mon vieux  (549) ;

-Il ne sait pas distinguer le cœur de la bile (550) ;

20

La punition infligée : bien légère par rapport à celle que je m’infligeai moi-même (564) ;

 

PERSONNAGES

Siggi Jepsen

Narrateur issu d’un milieu strict. Bascule entre fidélité au devoir (représentée par son père) et amour de l’art (incarné par Nansen) ;

Jens Ole Jepsen

Père de Siggi. Policier dans un village du Schleswig ;

Zélé pratiquant du devoir ; il applique sans nuances les lois nazies même après la guerre ;

Max Ludwig Nansen

Peintre expressionniste ami de la famille interdit de peindre par les nazis. Il devient une figure paternelle pour Siggi.

Karl Joswig : le gardien

Himpel ; le directeur de la maison de correction

Korjuhn : le professeur d’allemand

Ditte : la femme de Max Ludwig Nansen

Ole Plötz : voisin

Philippe Neff : se noie en s’évadant

Palle Kastner

Eddi Sillus

Kurt Nickel

32 psychologues

La « leçon d’allemand » a un double sens :

-le cours d’allemand

-l’heure de cours sur l’histoire allemande



[1]              Agis uniquement d’après la maxime que tu puisses en même temps vouloir qu’elle devienne universelle. Voir l’exemple du mensonge : si chacun mentait la confiance disparaitrait et il serait impossible de promettre quoi que ce soit.


Sur le blog d'Alain La leçon d'allemand, de Siegfried Lenz - ça va mieux en l'écrivant !...